La phrase, le cours complet en accès libre

Ce cours de français est un cours complet de l'appli moncrpe.com, publié ici en accès libre. Comme tous les cours de l'appli, il s'appuie sur les guides Eduscol et sur les rapports de jury du CRPE.

Par Membre du jury et correcteur du CRPE

Premier des trois cours de la série « Bases de la grammaire », ce cours croise les critères qui définissent une phrase, distingue la phrase verbale de la phrase non verbale et la phrase simple de la phrase complexe, puis nomme les types et les formes de phrases que le sujet demande d'identifier.

La lecture prend environ 11 minutes. Les guides cités sont en ligne sur le site Eduscol, les sujets et les rapports de jury sur devenirenseignant.gouv.fr. Les flashcards, le quiz et les points d'étape de ce cours restent dans l'appli, avec le plan de révision qui les repropose au bon moment.

Au concours : L'épreuve écrite de français est nationale : le barème est le même partout. Sur les 10 points de français, la partie étude de la langue y vaut 3,5 points, auxquels s'ajoutent 1,5 point de lexique. La moitié de la note se joue donc sur la maîtrise de la langue. Maîtriser la phrase, c'est savoir découper, analyser et justifier avec précision, c'est aussi rédiger des réponses plus nettes. Pour ton information, la qualité de l'expression écrite est évaluée sur toute la copie : des points sont retirés pour les problèmes d'orthographe, de syntaxe ou d'expression. En tant que correcteur du CRPE, je retire régulièrement des points sur la grande majorité des copies que je corrige.
Pour nos cours sur moncrpe.com, nous partons d'un principe fondamental : on ne peut pas enseigner les fonctions sans les natures, ni les natures sans les groupes, ni les groupes sans la phrase. Chaque niveau est la condition de compréhension du suivant ! C'est pour cette raison que la phrase constitue le premier cours de la série "Bases de la grammaire".

Définition d’une phrase

Pour définir la phrase, il est indispensable de croiser trois angles d'analyse car aucun critère, pris seul, ne suffit : le critère graphique, syntaxique et pragmatique.

Le critère graphique

À l’écrit, la phrase se reconnaît visuellement : elle commence par une majuscule et se termine par une ponctuation forte (point, point d’interrogation, point d’exclamation ou points de suspension).

Ce critère est le plus intuitif, mais le moins fiable à lui seul : un titre, une didascalie Indication scénique dans le texte de théâtre : elle décrit les gestes, entrées/sorties des personnages, le décor ou le ton. Ex : (Il entre en courant.). ou une phrase averbale Phrase sans verbe conjugué à un mode personnel, organisée autour d'un prédicat. Ex : « Excellent, ce rôti ! », « Silence ! ». ne suivent pas le schéma syntaxique de la phrase type. Elles n'en sont pas moins des phrases : la terminologie officielle les nomme phrases atypiques et nous les détaillons plus bas.

Le critère syntaxique

La phrase est une structure organisée autour de groupes liés par des rapports de dépendance. 

Sa formule canonique est :

P = [ GS + GV ] (+ GC)
  • GS (Groupe Sujet) : obligatoire dans la phrase type, règle l’accord du verbe
  • GV (Groupe Verbal) : obligatoire dans la phrase type, apporte l’information principale
  • GC (Groupe Circonstanciel) : facultatif, déplaçable et supprimable. Il exerce la fonction complément circonstanciel
Pourquoi les crochets ? Ils indiquent que le GS et le GV forment un bloc solidaire, indépendamment du GC. Les parenthèses, elles, marquent le caractère facultatif du GC. Écrire la formule ainsi, c'est déjà montrer au jury qu'on a compris la hiérarchie de la phrase.

De manière générale, la phrase verbale canonique suit la construction ci-dessus. Attention toutefois, la syntaxe de la langue française autorise de nombreuses variations : inversion du sujet ("Vient-il ?"), sujet postposé dans une incise ("dit-elle"), ou GC en tête de phrase.

Le critère pragmatique

Au niveau du sens, la phrase constitue un acte de langage Action accomplie par la parole : affirmer, questionner, ordonner, promettre, féliciter... La phrase déclarative effectue un acte d’assertion. : elle permet d’affirmer, de questionner, d’ordonner ou d’exprimer un sentiment. Elle s’organise en deux pôles informationnels :

Le thème

Ce dont on parle. 

Souvent l’information déjà connue, placée en début de phrase.

Les élèves ont rendu leur copie.

Le rhème

Ce qu’on en dit. 

L’information nouvelle, apportée par le prédicat.

Les élèves ont rendu leur copie.

Phrase verbale et phrase non verbale

La présence ou l’absence d’un verbe conjugué distingue deux grandes familles de phrases :

La phrase verbale

C’est le modèle le plus courant. Elle s’organise autour d’un verbe conjugué à un mode personnel Mode verbal dont la forme varie selon la personne grammaticale : indicatif, subjonctif, conditionnel, impératif. S’oppose aux modes impersonnels (infinitif, participe, gérondif) qui ne varient pas selon le sujet. qui impose sa structure syntaxique à tout l’énoncé.

La phrase non verbale (ou phrase atypique)

Elle ne comporte aucun verbe conjugué à un mode personnel. Loin d’être une erreur, c’est une structure grammaticalement valide, très présente dans la langue courante, littéraire et journalistique. 

La terminologie officielle les appelle phrases atypiques (par opposition à la phrase type) et en distingue trois sortes. Attention : « averbale » n'est pas un synonyme de « non verbale », c'est l'une des trois sortes.

Averbale
Un prédicat (ce qu'on dit) sans verbe conjugué. Le sujet est exprimé ou implicite.
"Excellent, ce rôti !"
"Incroyable !"
Elliptique
Des éléments (sujet, verbe) omis car le contexte permet de les restituer.
"Où vas-tu ?" "À la bibliothèque."
Mot-phrase
Un mot seul, qui n'a besoin d'aucun autre élément pour former une phrase.
"Oui."  "Au revoir."  "Merci !"

Phrase simple et phrase complexe

La proposition : unité de base

Avant tout, il faut maîtriser la notion de proposition Unité syntaxique organisée autour d’un verbe conjugué à un mode personnel. Une phrase simple contient une proposition ; une phrase complexe en contient plusieurs.. Une proposition, c’est un mini-énoncé organisé autour d’un verbe conjugué à un mode personnel. Elle peut être autonome (proposition indépendante) ou dépendre d’une autre (subordonnée).

"Je sais que tu viendras quand le cours se terminera."
→ 3 verbes conjugués = 3 propositions.
Méthode pour compter les propositions :
  1. Surligner tous les verbes conjugués à un mode personnel.
  2. Les modes impersonnels (infinitif, participe, gérondif) ne comptent pas.
  3. Nombre de verbes conjugués = nombre de propositions.

La phrase simple

Elle ne contient qu’une seule proposition indépendante, donc un seul verbe conjugué à un mode personnel. Attention, la présence de verbes à l’infinitif, au participe ou au gérondif ne la rend pas complexe !

"J’aime siffler en marchant vers l’école."
aime = verbe conjugué (1 seule proposition) |  siffler = infinitif, marchant = gérondif (ne comptent pas)

La phrase complexe

Elle comprend au moins deux propositions, donc au moins deux verbes conjugués à un mode personnel. Elle établit des relations logiques, temporelles ou causales entre les idées.

Une phrase complexe peut contenir deux, trois, voire davantage de propositions imbriquées. Pour l’analyser, il faut d’abord identifier toutes les propositions, puis repérer la nature du lien qui les unit.

Les trois relations entre propositions d'une phrase complexe

Dans une phrase complexe, les propositions peuvent être liées entre elles de trois manières :

Juxtaposition ponctuation seule
"Le vent se leva ; les volets claquèrent."
Coordination mot coordonnant
"Elle travaille car elle veut réussir."
Subordination mot subordonnant
Seule des trois à créer une hiérarchie : la subordonnée Proposition dépendante de la principale, introduite par un mot subordonnant. Elle remplit une fonction syntaxique : sujet, COD, complément circonstanciel, épithète... dépend de la principale Proposition qui régit la subordonnée. Elle peut exister seule, contrairement à la subordonnée. et remplit une fonction.
"Je sais que tu réussiras."
Le détail de chaque relation, les tests pour les distinguer et les pièges de l'analyse : Phrase complexe et relations entre propositions

Types et formes de phrases

Toute phrase est nécessairement caractérisée par un type (obligatoire et exclusif) et peut en plus adopter une ou plusieurs formes (facultatives et cumulables). 

Les deux sont indépendants : une phrase peut être interrogative, négative et emphatique en même temps.

Les trois types de phrases

Le type de phrase correspond à l’acte de langage visé. Il est obligatoire car toute phrase appartient à exactement un type, et un seul.

Déclaratif
Énonce un fait ou une opinion comme vraie, c'est le type de phrase le plus courant. 
"Le soleil se lève à l’est."
Interrogatif
Pour formuler une question. L'interrogation est totale (elle porte sur toute la phrase : on répond oui, non ou si) ou partielle (elle porte sur un seul constituant : la réponse par oui ou non est impossible).
"Fait-il beau ?" (totale)
"Où vas-tu ?" (partielle)
Impératif
Correspond à l'acte d'injonction : ordre, conseil ou interdiction. Sa réalisation canonique emploie l’impératif sans sujet exprimé, mais d’autres constructions sont possibles.
"Lis la consigne."   "Qu’il sorte."   "Ne pas fumer."   "Silence !"
Le piège à connaître : le type interrogatif ne désigne que l'interrogation directe, celle qui se termine par un point d'interrogation. L'interrogation indirecte, elle, est enchâssée dans une subordonnée : la phrase entière reste de type déclaratif.
"Vas-tu à la plage ?" → type interrogatif
"Je te demande si tu vas à la plage." → type déclaratif
Pour approfondir : L'interrogative indirecte
Méthode de rédaction :

Quand le sujet demande « donnez le type et les formes de la phrase », on nomme un seul type puis toutes les formes présentes, chacune justifiée par un indice relevé dans la phrase. Une phrase peut cumuler plusieurs formes : ne t'arrête pas à la première.

Les formes de phrases

Les formes de phrase se superposent au type de phrase et peuvent se combiner librement entre elles. 

Forme négative portée sur le verbe

La négation encadre généralement le verbe : ne... pas, ne... plus, ne... jamais, ne... rien... Dans l’écrit normé attendu au concours, le ne doit être conservé.

"Il fait beau." → "Il ne fait pas beau."
Forme passive changement de perspective

Dans la phrase de base, le sujet fait l’action. À la forme passive, il la subit. Le COD devient sujet ; le sujet devient complément d’agent (par ou de).

"Le chat mange la souris." → "La souris est mangée par le chat."
Pour approfondir : Les voix du verbe
Forme emphatique focalisation

La forme emphatique met un constituant en relief par trois procédés : l’extraction (encadrement par c’est... qui / que), le détachement (le constituant est placé en tête ou en fin de phrase et séparé par une virgule), ou la combinaison des deux.

"C’est Paul qui a gagné." (extraction) "Paul, il a gagné." (détachement) "Celui qui a gagné, c’est Paul." (extraction et détachement)

À l'université et dans les manuels antérieurs à 2020, l'extraction s'appelle clivage et le détachement dislocation. La focalisation, elle, n'est pas un troisième procédé : c'est l'effet que les deux autres produisent, la mise en relief. La terminologie officielle retient extraction et détachement : ce sont ces mots-là qu'il faut écrire sur la copie.

Réponse attendue : préciser le procédé, puis identifier le constituant mis en relief en donnant sa nature et sa fonction.
"C’est Paul qui a gagné." → forme emphatique par extraction du nom propre Paul, sujet du verbe a gagné.
Forme exclamative expressivité

Elle exprime une émotion, un jugement ou un sentiment. À l’écrit, elle se reconnaît notamment au point d’exclamation et peut se combiner avec chacun des trois types.

"Comme il fait froid !"   "Ferme la fenêtre !"
Forme impersonnelle construction avec « il »

Le verbe principal est à la voix impersonnelle (le pronom il ne renvoie à aucun être précis) et il existe une phrase personnelle équivalente. Le groupe nominal passe alors après le verbe.

"Un vent de panique souffle." → "Il souffle un vent de panique."
Ne pas confondre voix et forme. "Il pleuvait" comporte bien un verbe à la voix impersonnelle, mais la phrase n'est pas de forme impersonnelle : aucune phrase personnelle correspondante n'existe. C'est une simple phrase déclarative.

La suite de ce cours dans l'appli

Dans l'appli, la lecture n'est que la première étape. Ce cours s'y prolonge avec quatre outils.

  • Les flashcards du cours, qui reviennent au moment où tu commences à les oublier.
  • Un quiz dans l'esprit du concours, corrigé question par question.
  • Les points d'étape, de courts exercices corrigés placés au fil du cours.
  • Un plan de révision recalculé chaque jour, qui te repropose ce cours quand il le faut et règle chaque séance sur le temps que tu as.

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Pour aller plus loin

L'étude de la langue compte pour une large part de l'écrit de français, et la page de l'épreuve écrite de français détaille son barème, son seuil éliminatoire et ce que les jurys 2026 ont relevé sur la phrase complexe. Le guide des rapports de jury indique où trouver celui de ton académie, et la page des annales et sujets zéro rassemble les sujets pour t'entraîner.

Pour garder les définitions et les manipulations en mémoire, la méthode des fiches de révision aide à n'en garder que l'essentiel. Deux autres cours se lisent en entier sur le site, Les fractions et La Révolution française et l'Empire.

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