La Révolution française et l'Empire, le cours complet en accès libre
Ce cours d'histoire est un cours complet de l'appli moncrpe.com, publié ici en accès libre. Comme tous les cours de l'appli, il s'appuie sur les guides Eduscol et sur les rapports de jury du CRPE.
Dernier des trois cours de la série « Le XVIIIème siècle : expansions, Lumières et révolutions », ce cours suit l'année 1789, les régimes qui se succèdent jusqu'en 1815 et l'œuvre de Bonaparte, puis fait le bilan de ce que la Révolution laisse à la France et à l'Europe.
La lecture prend environ 14 minutes. Les guides cités sont en ligne sur le site Eduscol, les sujets et les rapports de jury sur devenirenseignant.gouv.fr. Les flashcards, le quiz et les points d'étape de ce cours restent dans l'appli, avec le plan de révision qui les repropose au bon moment.
À la fin de ce cours, tu seras capable de :
- raconter l'année 1789 et ses ruptures fondatrices, et lire un article de la Déclaration des droits ;
- distinguer les régimes et leurs constitutions : monarchie constitutionnelle, République, Consulat et Empire ;
- expliquer qui est citoyen, qui vote et qui reste exclu, de 1791 à 1814 ;
- expliquer ce que Napoléon consolide de la Révolution et ce qu'il confisque ;
- localiser ce que les armées françaises diffusent en Europe et où elles rencontrent des résistances.
1789 : l'année où tout bascule
La monarchie est au bord de la faillite. Pour créer de nouveaux impôts, Louis XVI Dernier roi de l'Ancien Régime (1774-1792), guillotiné le 21 janvier 1793. convoque les états généraux Assemblée des représentants des trois ordres du royaume (clergé, noblesse, tiers état), convoquée par le roi, qui ne s'était pas réunie depuis 1614., ouverts le 5 mai 1789 à Versailles. Le 17 juin, les députés du tiers état, bientôt rejoints par des membres des deux autres ordres, se proclament Assemblée nationale : ils affirment représenter la Nation entière, et non plus un ordre. Le 20 juin, par le serment du Jeu de paume, ils jurent de ne pas se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France. Le 14 juillet, le peuple de Paris prend la Bastille, forteresse royale qui ne compte alors que sept prisonniers mais symbolise l'arbitraire ; dans les campagnes, de la fin juillet au début d'août, la Grande Peur pousse les paysans contre les châteaux et les terriers, ces registres où sont inscrits les droits seigneuriaux.
La prise de la Bastille, aquarelle de Jean-Pierre Houël (1789, Bibliothèque nationale de France). Wikimedia Commons, domaine public. Un témoignage contemporain, mais une composition d'artiste : elle dit ce que l'événement représente déjà pour les Parisiens, pas son déroulement exact.
Pour arrêter la violence des campagnes, l'Assemblée abolit dans la nuit du 4 août les privilèges Avantages attachés à la naissance ou à l'ordre : exemptions d'impôts, droits seigneuriaux, justices particulières. : plus de justices seigneuriales, plus d'exemptions fiscales, plus de vénalité des offices. Les droits féodaux qui pèsent sur la terre sont, eux, déclarés rachetables par les paysans ; il faudra attendre le 17 juillet 1793 pour qu'ils soient supprimés sans indemnité. Puis vient, le 26 août, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. En quelques mois, la souveraineté passe du roi à la Nation : le pouvoir ne vient plus de Dieu mais de la communauté des citoyens, et c'est la rupture fondatrice de la France contemporaine.
Trois articles : article 1er : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits." Article 3 : "Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation." Article 6 : "La loi est l'expression de la volonté générale."
Ce qu'ils veulent dire : le roi ne tient plus son pouvoir de Dieu, la naissance ne donne plus aucun droit, la loi est la même pour tous.
Ce que le texte ne dit pas : rien sur les femmes ni sur les esclaves. Les constitutions réserveront les droits politiques aux hommes ; Olympe de Gouges le dénonce dès 1791, et l'esclavage n'est aboli qu'en février 1794.
La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Jean-Jacques Le Barbier (1789), musée Carnavalet. Domaine public (Wikimedia Commons).
De la monarchie constitutionnelle à la République
De 1789 à 1792, la France devient une monarchie constitutionnelle. L'Assemblée écrit la constitution pendant deux ans ; la Constitution de 1791, acceptée par le roi en septembre, sépare les pouvoirs : le roi garde l'exécutif, une assemblée élue fait la loi. Mais qui vote ? La Constitution distingue les citoyens actifs Sous la Constitution de 1791, hommes de 25 ans au moins payant un impôt direct égal à trois journées de travail : environ 4,3 millions de personnes, seules admises à voter., hommes de vingt-cinq ans payant un impôt égal à trois journées de travail, des citoyens passifs qui ont les droits civils mais pas le droit de vote : les femmes, les domestiques, les plus pauvres. Le suffrage est censitaire : l'égalité en droits proclamée en 1789 ne signifie pas l'égalité politique, et le suffrage universel masculin, appliqué pour élire la Convention en 1792 puis inscrit dans la constitution de 1793 jamais appliquée, disparaît de nouveau sous le Directoire.
La confiance se brise avec la fuite du roi, arrêté à Varennes en juin 1791, puis avec la guerre déclarée le 20 avril 1792 au roi de Bohême et de Hongrie, bientôt étendue à l'Europe des monarchies. Le 10 août 1792, les Parisiens prennent les Tuileries, et la royauté tombe. La royauté est abolie le 21 septembre 1792 par la Convention, et la République commence le 22. Jugé pour trahison, Louis XVI est guillotiné le 21 janvier 1793. Assiégée par l'Europe coalisée, déchirée par la guerre civile en Vendée et par les révoltes fédéralistes, la jeune République se durcit : c'est la Terreur Période de 1793-1794 où le gouvernement révolutionnaire suspend les libertés et multiplie les exécutions pour vaincre ses ennemis intérieurs et extérieurs.. Elle n'est pas l'œuvre d'un seul homme : la Convention crée le Tribunal révolutionnaire en mars 1793, vote la loi des suspects en septembre, et délègue le gouvernement au Comité de salut public, douze membres élus chaque mois, dont Robespierre Député de la Convention et membre du Comité de salut public à partir de juillet 1793, figure dominante du gouvernement révolutionnaire, renversé le 9 thermidor an II et exécuté le 28 juillet 1794. devient la figure dominante. Cette même Convention abolit l'esclavage dans les colonies le 4 février 1794. La chute de Robespierre le 9 thermidor an II (27 juillet 1794) met fin à la Terreur. Suit le Directoire (1795-1799), régime au suffrage censitaire, instable, qui s'appuie de plus en plus sur ses généraux victorieux.
Bonaparte : consolider ou confisquer la Révolution ?
Le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), le général Bonaparte Général devenu Premier consul en 1799, puis empereur en 1804 sous le nom de Napoléon Ier. renverse le Directoire et instaure le Consulat. La République subsiste en droit, la Constitution de l'an VIII parle toujours de "République française", mais le Premier consul concentre le pouvoir et fait approuver ses décisions par des plébiscites Vote par oui ou non de l'ensemble des citoyens sur une question posée par le pouvoir : Bonaparte y recourt en 1800, 1802 et 1804, avec des résultats massivement favorables.. En quelques années, il dote la France d'institutions durables : les préfets Représentant de l'État nommé dans chaque département pour appliquer les décisions du gouvernement, création de février 1800 toujours en place aujourd'hui. et la Banque de France en 1800, le Concordat avec le pape en 1801 qui pacifie la question religieuse, les lycées et la Légion d'honneur en 1802, et surtout le Code civil, promulgué le 21 mars 1804, qui unifie le droit et grave l'égalité civile et la propriété dans le marbre. Son article 8 dit que "tout Français jouira des droits civils" ; son article 213 dit aussi que "le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari" : la femme mariée est placée sous l'autorité de son mari, une incapacité juridique qu'un autre cours retrouvera. L'Empire est proclamé le 18 mai 1804 par un sénatus-consulte approuvé par plébiscite ; le sacre à Notre-Dame, le 2 décembre 1804, n'en est que la mise en scène. Le bilan est double : Napoléon consolide des acquis de 1789, égalité devant la loi, vente des biens nationaux garantie, carrières ouvertes au talent, mais il confisque les libertés et la souveraineté : la presse parisienne passe de plus de soixante titres en 1799 à quatre en 1811, la police surveille les opinions, l'esclavage aboli en 1794 est rétabli le 20 mai 1802, et le vote se réduit à approuver un homme.
Ce qu'elle dit : "Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée : elle est finie."
Comment la lire : "fixée aux principes" : l'égalité civile, la fin des ordres, la vente des biens nationaux sont garanties. "Elle est finie" : plus d'assemblée qui débat, plus de journées révolutionnaires, un pouvoir fort qui décide.
Ce qu'on attend : repérer les deux mouvements de la phrase, pas approuver ou condamner Bonaparte.
Une société révolutionnée, une Europe transformée
La France de 1815 ne ressemble plus à celle de 1788. La société d'ordres a disparu : plus de privilèges de naissance, une même loi pour tous, des citoyens égaux en droits civils. Le territoire est réorganisé en départements, décidés en décembre 1789 et en place en mars 1790 ; l'administration est unifiée, l'état civil est retiré aux curés et confié aux communes le 20 septembre 1792. La souveraineté nationale Principe selon lequel le pouvoir appartient à la nation, communauté des citoyens, et non à un roi de droit divin. s'est imposée comme un principe avec lequel tous les régimes suivants devront compter, même ceux qui le refusent. Car en 1814, Louis XVIII Frère de Louis XVI, roi de France de 1814 à 1824 ; il octroie la Charte constitutionnelle du 4 juin 1814. revient sur le trône au nom de la légitimité dynastique : la Charte du 4 juin 1814 est octroyée "par la grâce de Dieu", et non votée par la Nation ; mais son article 1er maintient que "les Français sont égaux devant la loi", et elle garantit le Code civil et la propriété des biens nationaux. Comparée à la Constitution de 1791, la Charte inverse la source du pouvoir, qui redescend du roi vers ses sujets, mais conserve l'essentiel de la société civile née de 1789 ; et son suffrage, réservé aux hommes payant 300 francs d'impôt, soit moins de cent mille électeurs, est plus étroit encore que celui des citoyens actifs.
En Europe, les armées de la Révolution puis de l'Empire exportent le Code civil, la fin des droits féodaux et l'idée de nation dans les territoires annexés ou contrôlés : la Belgique et la Rhénanie, annexées, les Pays-Bas, l'Italie du Nord, le royaume de Westphalie créé pour Jérôme Bonaparte. Mais l'occupation, la conscription et les impôts de guerre éveillent des résistances nationales : soulèvement de Madrid le 2 mai 1808 puis guérilla espagnole, révolte du Tyrol en 1809, guerre de libération allemande après le désastre russe. Épuisé par la campagne de Russie en 1812 et battu à Leipzig en octobre 1813, l'Empire s'effondre : abdication le 6 avril 1814, retour éphémère des Cent-Jours en mars 1815, défaite finale à Waterloo le 18 juin 1815. Le congrès de Vienne redessine l'Europe au profit des monarchies, mais les acquis civils de la Révolution, en France comme dans une partie de l'Europe, ne seront pas effacés.
Conclusion
En 1789, la souveraineté change de mains : la Nation remplace le roi, la Déclaration des droits fonde un ordre nouveau et la société d'ordres s'effondre en une nuit. La Constitution de 1791 organise cette souveraineté en la réservant à des citoyens actifs ; la République, née dans la guerre en 1792, radicalise puis épuise la Révolution. Bonaparte la stabilise en la confisquant : il lègue le Code civil, les préfets et les lycées, en même temps qu'un pouvoir personnel et le rétablissement de l'esclavage. En 1815, l'Empire tombe et Louis XVIII gouverne au nom d'une légitimité dynastique, mais sa Charte garde l'égalité civile, et l'idée de nation a traversé l'Europe, parfois contre les armées qui la portaient. Le siècle suivant, ouvert par le cours sur l'industrialisation, sera celui où la France apprendra, par essais et par crises, à faire vivre ces principes.
La suite de ce cours dans l'appli
Dans l'appli, la lecture n'est que la première étape. Ce cours s'y prolonge avec quatre outils.
- Les flashcards du cours, qui reviennent au moment où tu commences à les oublier.
- Un quiz dans l'esprit du concours, corrigé question par question.
- Les points d'étape, de courts exercices corrigés placés au fil du cours.
- Un plan de révision recalculé chaque jour, qui te repropose ce cours quand il le faut et règle chaque séance sur le temps que tu as.
Le compte est gratuit, sans carte bancaire, et ce cours en fait partie avec ses outils. L'essai de 7 jours ouvre ensuite le plan de révision complet, puis l'abonnement coûte 14,90 € par mois ou 118,80 € par an, soit 9,90 € par mois.
Pour aller plus loin
Au concours bac+3, l'histoire-géographie et l'EMC forment l'un des domaines au choix de la seconde épreuve écrite, et au bac+5 l'un des sujets possibles de l'épreuve d'application. Le format de ces deux épreuves et les constats des jurys 2026 sont sur la page de la seconde épreuve écrite et de l'épreuve d'application.
Le guide du CRPE bac+3 présente l'ensemble des épreuves de la session 2027, et la page des annales et sujets zéro rassemble les sujets officiels. Pour garder les dates en tête jusqu'aux écrits, l'article sur la répétition espacée explique comment espacer les révisions. Deux autres cours se lisent en entier sur le site, Les fractions et La phrase.
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