Liste complémentaire au CRPE : ce que tu peux en attendre
Tu as réussi le CRPE mais tu es « LC » et pas sur la liste principale ? Ce n'est ni un échec déguisé ni une garantie de poste. Voici ce que disent exactement les textes, dans quel ordre et jusqu'à quand le rectorat peut t'appeler, et comment estimer tes chances avec des chiffres plutôt qu'avec des rumeurs.
Sommaire de l'article
Tu consultes tes résultats sur Cyclades et tu tombes sur « liste complémentaire » plutôt que « admis ». La première réaction, c'est souvent la déception, presque comme un échec. Ce n'est pourtant pas ce que ce statut signifie : le jury t'a jugé apte à occuper les emplois à pourvoir, mais le nombre de places ouvertes ne suffisait pas à te classer sur la liste principale.
Ce qui se passe ensuite est encadré par des textes précis, et surtout par des délais que peu de candidats connaissent. Voici le cadre juridique, les chiffres de la dernière session publiés par le ministère, et la méthode pour évaluer tes chances sans te fier à une rumeur de groupe Facebook.
Qu'est-ce que la liste complémentaire, concrètement ?
La liste complémentaire est la liste, classée par ordre de mérite, sur laquelle le jury inscrit les candidats qu'il estime aptes à occuper les emplois à pourvoir mais qu'il n'a pas pu classer sur la liste principale, faute de places. La formule vient directement de l'article R325-116 du code général de la fonction publique.
Deux textes se superposent. Le code général de la fonction publique, dans sa rédaction issue du décret du 24 juillet 2025, pose le régime commun à tous les concours de l'État. Le décret n° 90-680 du 1er août 1990, statut particulier des professeurs des écoles, ajoute les règles propres au corps, notamment un délai que le régime général ne connaît pas.
L'article 8 de ce statut particulier est le plus utile à lire : le jury établit une liste complémentaire « afin de permettre le remplacement des candidats inscrits sur la liste principale qui ne peuvent pas être nommés ou, éventuellement, de pourvoir des vacances d'emplois survenant dans l'intervalle de deux concours ». Deux usages, donc, et pas un seul.
Ce même article règle un cas fréquent chez les candidats qui présentent plusieurs académies ou plusieurs voies : si tu figures sur plus d'une liste principale ou complémentaire, ta nomination au titre de l'une entraîne ta radiation des autres. Tu ne peux pas garder une liste complémentaire « en réserve » pendant que tu prends un poste ailleurs.
Enfin, la liste complémentaire n'est jamais un acquis reportable : elle vaut pour la session au titre de laquelle elle a été établie, et sa validité s'éteint automatiquement, on y revient plus bas.
Combien de candidats sont concernés au CRPE ?
Beaucoup moins qu'on ne l'imagine. Sur la session 2025, le concours externe public du CRPE a inscrit 299 candidats sur liste complémentaire, pour 8 117 postes offerts et 7 576 admis. La liste complémentaire ne couvrait donc même pas les 541 postes restés non pourvus à l'issue du concours.
| Concours | Postes | Admis | Postes non pourvus | Candidats inscrits sur liste complémentaire |
|---|---|---|---|---|
| Concours externe | 8 117 | 7 576 | 541 | 299 |
| Concours externe supplémentaire | 500 | 393 | 107 | non communiqué |
| Second concours interne | 502 | 294 | 208 | 11 |
| Troisième concours | 1 027 | 991 | 36 | 47 |
| Concours externe (Polynésie française) | 15 | 15 | 0 | 4 |
Source : devenirenseignant.gouv.fr, données statistiques des CRPE de la session 2025, extraction Cyclades de juillet 2025. Colonne « postes non pourvus » calculée par moncrpe.com (postes moins admis).
Ces chiffres disent deux choses. D'abord, la liste complémentaire du CRPE est étroite : quelques centaines de candidats à l'échelle nationale, répartis entre toutes les académies. Être « LC » place donc dans un groupe restreint, pas dans une salle d'attente de plusieurs milliers de personnes.
Ensuite, le nombre de postes non pourvus dépasse largement le nombre de candidats en liste complémentaire. Autrement dit, même en appelant l'intégralité des listes, l'Éducation nationale ne comblerait pas ses besoins. C'est le contexte de tension qu'on a chiffré dans l'état des lieux du recrutement des professeurs des écoles, et il explique pourquoi la question du recours aux listes complémentaires revient régulièrement au Parlement.
Point de méthode : ces données sont publiées concours par concours par le ministère. Le troisième concours affichait 47 candidats en liste complémentaire, le second concours interne 11. Les listes ne se mélangent jamais entre voies : un candidat du troisième concours n'est jamais appelé sur la liste complémentaire du concours externe.
Les 3 situations où le rectorat active la liste complémentaire
Le recours à la liste complémentaire n'est ni systématique ni totalement discrétionnaire : il répond à des logiques distinctes, avec des règles et des délais différents.
Remplacer un lauréat de la liste principale qui ne peut pas être nommé. Un candidat classé en liste principale peut renoncer à son poste : autre concours réussi entre-temps, déménagement, situation personnelle, ou non-obtention du diplôme requis à la date de nomination. Chaque défaillance libère une place, pourvue par le premier candidat de la liste complémentaire du même concours.
Pourvoir une vacance d'emploi survenant entre deux concours. C'est le second usage prévu par l'article 8 du statut particulier. Les nominations se font alors dans le respect des proportions fixées par l'arrêté de répartition des postes, comme le précise l'article R325-119 du code général de la fonction publique. C'est ce cas de figure qui donne lieu, chaque automne, aux demandes syndicales d'appel massif des listes complémentaires.
Compléter la liste principale quand l'académie manque de titulaires. En pratique, cette décision se prend en amont : le ministère indique répartir les postes au plus près des besoins projetés par académie, et arbitre entre l'élargissement de la liste principale et le maintien d'une liste complémentaire fournie. Dans sa réponse à une question écrite publiée le 27 janvier 2026, le ministère de l'Éducation nationale assume d'avoir augmenté les listes principales de la session 2025 au détriment des listes complémentaires, et rappelle que celles-ci sont établies académie par académie.
La même réponse pose une distinction qui explique beaucoup de frustrations : pour le ministère, les stagiaires issus des concours occupent des postes de classe vacants, tandis que les contractuels répondent à des besoins provisoires. C'est cette lecture qui permet à une académie de recruter des contractuels sans avoir épuisé sa liste complémentaire.
Les étapes et les délais de l'appel sur liste complémentaire
Jusqu'à quand peux-tu être appelé ? Deux plafonds se cumulent. Le régime général fixe la fin de validité de la liste au début des épreuves de la session suivante, et au plus tard deux ans après son établissement. Le statut particulier des professeurs des écoles, lui, est bien plus restrictif pour le remplacement d'un lauréat.
| Étape | Quand | Qui décide | Texte de référence |
|---|---|---|---|
| Établissement de la liste complémentaire, classée par ordre de mérite | À la délibération finale, en même temps que la liste principale | Le jury du concours | Art. R325-116 du code général de la fonction publique |
| Publication des résultats d'admission | Juin ou juillet selon l'académie | Services académiques | Arrêté d'ouverture du concours |
| Radiation automatique des autres listes si tu figures sur plusieurs | Dès ta nomination au titre de l'une des listes | De plein droit | Art. 8 du décret n° 90-680 du 1er août 1990 |
| Appel pour remplacer un lauréat de la liste principale non nommé | Jusqu'à un mois après le début de la formation, soit courant septembre ou début octobre | Le recteur d'académie | Art. 10 III du décret n° 90-680 |
| Appel pour pourvoir une vacance d'emploi entre deux concours | Au fur et à mesure des besoins, dans l'ordre de mérite du jury | Le recteur d'académie | Art. 8 du décret n° 90-680, art. R325-119 et R325-120 |
| Plafond de nominations prononcées depuis la liste complémentaire | Sur l'ensemble de la période d'utilisation | Fixé réglementairement | 200 % des postes offerts au concours, sauf dispositions particulières prévues par décret (art. R325-117) |
| Fin automatique de validité de la liste | Au début des épreuves de la session suivante et, au plus tard, deux ans après son établissement | De plein droit | Art. L325-36 du code général de la fonction publique |
| Candidat non nommé à l'échéance | À la fin de la période de validité | De plein droit | Perte du bénéfice du concours |
Source : décret n° 90-680 du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles et code général de la fonction publique, articles R325-116 à R325-120 (rédaction issue du décret n° 2025-695 du 24 juillet 2025), sur legifrance.gouv.fr. Perte du bénéfice du concours : service-public.fr, consulté en août 2026.
Le délai à retenir figure à l'article 10 du décret de 1990 : le remplacement par appel à la liste complémentaire ne peut pas être effectué au-delà d'un mois après le début de la formation. Comme la formation démarre avec l'année scolaire, la fenêtre pratique se referme autour du début du mois d'octobre. C'est pour ça que les appels s'entassent entre juin et la fin septembre, et que les rectorats basculent ensuite sur du recrutement contractuel.
L'appel se fait dans l'ordre strict du classement, au fur et à mesure des besoins, l'administration n'étant pas tenue de revoir les affectations déjà prononcées sur la liste principale. Le rectorat te contacte par téléphone ou par courriel, aux coordonnées renseignées sur Cyclades : garde-les à jour et surveille tes courriels indésirables tant que la liste est valable. Un appel manqué, c'est un poste proposé au suivant.
Dernière échéance, la plus sèche : si tu n'es pas nommé avant la fin de la période de validité, tu perds le bénéfice du concours. Il n'y a ni report sur la session suivante, ni priorité acquise.
Peux-tu refuser le poste qui t'est proposé ?
Oui, avec une conséquence immédiate. Refuser un poste proposé au titre de la liste complémentaire fait perdre le bénéfice de cette liste pour la session en cours. Le rectorat propose alors le même poste au candidat suivant dans l'ordre du classement, et ton nom ne remonte pas en cas de nouveau désistement.
Si le poste pose une vraie difficulté, éloignement géographique majeur ou incompatibilité de santé, rien n'interdit d'exposer ta situation et de demander si une autre proposition est envisageable. Mais l'administration n'y est pas tenue, et le calendrier joue contre toi : à ce stade de l'année, elle cherche à couvrir une classe pour la rentrée.
Un réflexe utile : reste inscrit à la session suivante tant que tu es en liste complémentaire. Si tu es appelé entre-temps, il suffira de ne pas te présenter aux épreuves. L'inverse, découvrir en octobre que la liste n'a pas bougé et que les inscriptions sont closes, coûte une année entière. Si tu dois te réorganiser pour cette nouvelle tentative, reconstruire ta préparation sans passer par un organisme reste une option crédible, surtout après une session déjà passée en entier.
En cas de doute sur tes droits, un syndicat enseignant peut t'accompagner dans les échanges avec le rectorat : ce sont eux qui suivent, académie par académie, l'état d'avancement des appels.
Le statut et la titularisation d'un candidat appelé sur liste complémentaire
Le statut est identique à celui d'un lauréat de la liste principale. Dès la nomination, tu es professeur des écoles stagiaire : mêmes obligations de formation, même rémunération de stagiaire, mêmes modalités d'évaluation, même titularisation à l'issue de l'année validée. La liste d'origine ne laisse aucune trace dans ton dossier.
Le déroulé du stage, le rôle du tuteur et la grille d'évaluation ne changent pas d'un iota (voir l'article dédié à la titularisation du professeur des écoles stagiaire). La seule différence tient au calendrier : nommé fin septembre, tu arrives après la rentrée, avec une formation déjà commencée et une classe déjà installée. L'aménagement du parcours de formation se négocie alors avec les services académiques et l'INSPE.
Ce que je vois côté jury. La liste complémentaire se décide dans la même délibération que la liste principale, avec les mêmes copies et les mêmes notes d'oral sous les yeux. Ce qui sépare le dernier admis du premier de la liste complémentaire, c'est très souvent une fraction de point sur une seule épreuve. Personne autour de la table ne considère ces candidats comme des lauréats au rabais : ce qui se joue ensuite ne dépend plus du jury, mais du nombre de postes et des désistements.
Adam, directeur d'école et membre du jury du CRPE
Une conséquence pratique de cette égalité de statut : les conditions à remplir pour être nommé sont exactement les mêmes, attestations comprises. Le détail est dans l'article sur les attestations de natation et de secourisme exigées au CRPE, et c'est un dossier à avoir bouclé avant l'été, pas au moment où le rectorat t'appelle.
Comment estimer tes vraies chances d'être appelé ?
Il n'existe pas de taux national d'appel sur liste complémentaire publié par le ministère. Le seul chiffre officiel est le nombre de candidats inscrits sur ces listes, pas le nombre de candidats effectivement nommés. Se fier à un pourcentage entendu sur un forum revient à comparer des académies qui n'ont rien de comparable.
Trois variables déterminent réellement tes chances. Ton rang de classement d'abord : l'appel suit l'ordre de mérite, sans exception. La taille de la liste dans ton académie ensuite, qui varie fortement d'une session à l'autre. Le nombre de désistements enfin, qui dépend de facteurs que personne ne maîtrise, comme les candidats reçus à plusieurs concours la même année.
Le meilleur indicateur reste la tension du recrutement dans ton académie. Une académie qui ne remplit pas ses postes, comme le montrent les 541 postes non pourvus au concours externe 2025, a mécaniquement plus de désistements à absorber et plus de vacances à couvrir. À l'inverse, une académie très demandée où la liste principale se remplit intégralement peut ne jamais appeler. À lire aussi : la méthode pour choisir ton académie de présentation, qui intègre ce paramètre en amont du concours.
Un dernier repère de bon sens : plus la date avance dans l'année scolaire, plus la probabilité chute. Passé le délai d'un mois après le début de la formation, le canal principal se ferme, et il ne reste que les vacances d'emploi, qui sont rares et arbitrées académie par académie.
Que faire pendant les semaines d'attente ?
L'attente sur liste complémentaire est une période inconfortable : tu ne peux ni t'engager ailleurs sereinement, ni te projeter dans une classe. Trois décisions valent la peine d'être prises tôt.
Boucler le dossier administratif d'abord. Attestations de natation et de secourisme, pièces d'état civil, justificatifs de diplôme : si l'appel arrive, il arrive vite, et un dossier incomplet retarde une nomination que le rectorat, lui, veut prononcer avant la rentrée.
Se réinscrire à la session suivante ensuite, tant que la fenêtre d'inscription est ouverte. C'est une assurance qui ne coûte rien et qui s'annule d'un simple courriel.
Préparer la suite enfin, sans attendre septembre. Reprendre les épreuves où tu as perdu des points, relire le rapport de jury de ton académie, reconstruire un plan de révision réaliste : si l'appel vient, tu auras simplement travaillé quelques semaines de plus sur des compétences que le stage mobilisera de toute façon.
Sur moncrpe.com, les cours et les quiz s'adressent aussi bien aux candidats en première tentative qu'à ceux qui repartent après une liste complémentaire non appelée : le plan de révision se recalcule selon ton temps disponible et tes points faibles réels, pas sur un calendrier générique.
Questions fréquentes
Prépare la suite sans attendre l'appel
Que tu vises la liste principale directement ou que tu repartes après une liste complémentaire non appelée, moncrpe.com ajuste ton plan de révision à ton temps disponible et à tes points faibles réels.