Choisir son académie de présentation au CRPE : la méthode, pas seulement les chiffres
Tu regardes le nombre de postes par académie et tu penses avoir ta réponse ? Ce chiffre seul ne dit presque rien de tes vraies chances, ni de ce que ce choix implique pour les cinq années suivantes. Voici les critères qui comptent réellement, les chiffres officiels académie par académie, et une méthode pour trancher.
Combien de postes ouverts dans telle académie cette année ? C'est la première question que se posent la plupart des candidats au moment de choisir où présenter le CRPE. La donnée existe, elle est publique, elle est facile à trouver. Elle ne répond pourtant qu'à une fraction du problème : le nombre brut de postes ne dit rien de ta concurrence réelle, et encore moins de ce que ce choix signifie pour ta vie une fois lauréat.
Le point que presque personne n'explique clairement : pour le CRPE, l'académie où tu t'inscris est aussi celle où tu seras nommé, puis le département où tu resteras après la titularisation. Une case à cocher sur Cyclades en novembre engage donc, en pratique, cinq à six années de ta vie. Autant la cocher en connaissance de cause.
Pourquoi l'académie de présentation devient l'académie d'affectation ?
L'académie où tu t'inscris au CRPE est celle où tu composes, où tu passes tes oraux et où tu es nommé en cas de réussite. Le ministère l'écrit sans ambiguïté : aucun changement d'académie n'est possible entre l'écrit et l'oral. Ce choix ne fixe donc pas un lieu d'examen, il fixe ta première affectation professionnelle.
L'académie de présentation est l'académie que tu désignes librement au moment de l'inscription sur Cyclades, indépendamment de ton lieu de résidence ou de ton lieu d'études, et qui organise l'intégralité de ton concours : sujets, correction, jurys d'oral, publication des résultats. La page de questions-réponses de devenirenseignant.gouv.fr est explicite sur les deux volets : « vous pouvez choisir l'académie de votre choix », mais « vous serez nommé élève fonctionnaire ou fonctionnaire stagiaire dans celle où vous aurez réussi le concours ».
Ce que la plupart des pages sur le sujet omettent, c'est la suite. Une fois lauréat, le département précis d'affectation est arrêté par le recteur de l'académie « en fonction des capacités d'accueil et de formation du département, de leurs vœux et de leur ordre de classement au concours ». Tu formules des vœux, tu ne choisis pas. Et à la fin de la formation, la foire aux questions ministérielle sur la réforme tranche en une phrase : « Les professeurs des écoles titularisés après leur master restent dans le même département. »
Additionne les durées. Deux années de master enseignement et éducation dans l'académie de présentation, puis une première affectation de titulaire dans le même département, puis, pour les lauréats de la voie bac+3, un engagement à servir de quatre ans à compter de la titularisation, sous peine de devoir verser une somme au Trésor public. Le mot « temporaire » ne s'applique pas vraiment à cette décision.
Ce que disent vraiment les chiffres, académie par académie
Le nombre de postes ne mesure pas ta chance de réussir. Le bon indicateur croise trois données ministérielles : les postes offerts, les candidats présents aux écrits, et le taux d'admission rapporté à ces présents. Sur la session 2025, ce taux va de 14 % à 76 % selon l'académie, soit un écart de un à cinq.
| Académie | Postes 2025 | Présents aux écrits 2025 | Présents par poste | Admis 2025 | Admis / présents | Postes offerts 2026 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Versailles | 960 | 795 | 0,8 | 604 | 75,97 % | 1 362 |
| Créteil | 869 | 885 | 1,0 | 638 | 72,09 % | 1 130 |
| Paris | 236 | 370 | 1,6 | 236 | 63,78 % | 344 |
| Grenoble | 435 | 700 | 1,6 | 435 | 62,14 % | 644 |
| Nantes | 237 | 698 | 2,9 | 237 | 33,95 % | 357 |
| Bordeaux | 337 | 1 073 | 3,2 | 376 | 35,04 % | 488 |
| Lille | 448 | 1 642 | 3,7 | 448 | 27,28 % | 549 |
| Rennes | 137 | 714 | 5,2 | 166 | 23,25 % | 177 |
| La Réunion | 120 | 847 | 7,1 | 120 | 14,17 % | 149 |
Sources : devenirenseignant.gouv.fr, données statistiques des CRPE de la session 2025, et répartition des postes offerts à la session 2026 (total bac+3 et bac+5), consultées en août 2026. Colonne « présents par poste » calculée par moncrpe.com à partir des deux premières colonnes.
Prends le temps de lire ce tableau à l'envers, en partant de la dernière colonne des taux. Versailles ouvrait 960 postes et n'a vu se présenter que 795 candidats aux écrits : mathématiquement, il y avait moins de candidats que de places. Résultat, 604 admis seulement, et plus de 350 postes non pourvus. Créteil, même configuration. Ces deux académies ont encore augmenté leur offre en 2026, avec 1 362 et 1 130 postes.
À l'autre bout, Rennes affichait 137 postes pour 714 présents, soit plus de cinq candidats par place, et un taux d'admission de 23 %. Détail intéressant : le jury y a admis 166 candidats pour 137 postes ouverts, une possibilité prévue par la réglementation et signalée par le ministère lui-même. La Réunion tient le record de sélectivité avec 7,1 présents par poste et 14 % d'admis. Le nombre de postes y est pourtant du même ordre qu'à Rennes.
Autrement dit, deux académies qui affichent « environ 150 postes » peuvent recouvrir des concours très différents. Le classement brut des postes ouverts, celui qu'on trouve partout, est le pire indicateur possible pris isolément. Les chiffres nationaux et leur évolution session après session sont détaillés dans le point sur les postes ouverts au CRPE, et l'interprétation des taux de réussite dans celui sur les taux de réussite officiels.
Les cinq critères de choix appliqués à trois académies contrastées
Cinq critères suffisent à trancher. Le nombre de postes, la concurrence réelle mesurée en présents par poste, le taux d'admission, le coût de la vie pendant les années de formation, et la facilité à repartir ensuite. Appliqués à Versailles, Rennes et La Réunion, ils dessinent trois profils qui n'ont presque rien en commun.
| Critère | Versailles | Rennes | La Réunion |
|---|---|---|---|
| Postes offerts au concours externe, session 2026 | 1 362 | 177 | 149 |
| Candidats présents par poste, session 2025 | 0,8 | 5,2 | 7,1 |
| Taux d'admission rapporté aux présents, session 2025 | 75,97 % | 23,25 % | 14,17 % |
| Coût de la vie | Prix supérieurs de 7 % à ceux de la province, et de 40 % sur les loyers réellement payés | Bretagne, comprise dans la « province » qui sert de référence à la comparaison | Prix supérieurs de 9 % à ceux de la métropole, jusqu'à 37 % sur les produits alimentaires |
| Repartir ensuite, mouvement interdépartemental 2026 | Les départements d'Île-de-France concentrent les demandes de sortie | Les départements de la côte atlantique sont les plus demandés à l'entrée | Mobilité vers et depuis l'outre-mer identifiée comme un point de blocage |
Sources : devenirenseignant.gouv.fr pour les postes et les résultats ; Insee Première n° 1959 et Insee Analyses Réunion n° 83, comparaison spatiale des niveaux de prix 2022, pour le coût de la vie ; SE-Unsa, résultats du mouvement interdépartemental publiés le 11 mars 2026, pour la mobilité.
Lis chaque colonne comme un compromis, pas comme une note. Versailles offre la probabilité d'admission la plus élevée de France métropolitaine et, dans le même mouvement, les loyers les plus chers du pays, avec un écart de 40 % sur les loyers réels mesuré par l'Insee. Un candidat qui décroche le concours à Versailles obtient sa place, puis découvre que 1 400 € nets en première année de master ne couvrent pas grand-chose à trente minutes de Paris.
Rennes inverse exactement le tableau : coût du logement raisonnable, cadre de vie recherché, et un concours où quatre candidats sur cinq repartent sans rien. La Réunion cumule la sélectivité la plus forte et un surcoût alimentaire de 37 %, ce qui ne l'empêche pas d'attirer chaque année plus de sept candidats par poste, essentiellement des candidats déjà installés localement.
Aucune de ces trois colonnes n'est « la bonne ». Ce que le tableau permet, en revanche, c'est de savoir ce que tu achètes et ce que tu paies. Un candidat mobile, sans attaches, qui veut maximiser sa probabilité de réussite, a un intérêt objectif à regarder l'Île-de-France. Un candidat qui a un conjoint en poste à Brest et deux enfants scolarisés n'a pas ce choix, et il doit alors accepter qu'il joue un concours à cinq candidats par place.
Peut-on s'inscrire dans plusieurs académies au CRPE ?
Oui, et le ministère l'autorise explicitement. La limite est pratique : les écrits d'un même concours ont lieu aux mêmes dates partout, donc tu devras opter au plus tard le jour de la première épreuve écrite. La double inscription ne prolonge pas la décision, elle la repousse de quelques semaines.
Trois règles se répondent ici : l'inscription multiple est possible, la passation ne l'est pas, et l'académie se verrouille dès que tu as composé. Le détail, avec les textes correspondants et le cas particulier du cumul entre concours bac+3 et bac+5, est dans l'article dédié à l'inscription au CRPE dans plusieurs académies.
Une méthode en quatre étapes pour trancher
L'ordre dans lequel tu poses les critères compte plus que les critères eux-mêmes. Commencer par les chiffres conduit presque toujours à un choix que tu regretteras deux ans plus tard.
- Pose d'abord tes contraintes non négociables. Où peux-tu réellement vivre pendant deux années de formation, puis au moins quatre ans de plus après la titularisation ? Écris cette liste avant d'ouvrir le moindre tableau de statistiques. Elle élimine souvent la moitié des académies, quel que soit leur taux d'admission.
- Chiffre la concurrence, pas les postes. Pour chaque académie restante, relève les postes et les présents aux écrits sur les deux ou trois dernières sessions, et divise. Un ratio isolé peut être un accident de calendrier ; une tendance sur trois ans ne trompe pas.
- Mets un montant en face du coût de la vie. Loyer, transport, garde d'enfants éventuelle, rapportés à environ 1 400 € nets en première année et 1 800 € nets en seconde année. Un différentiel de 300 € de loyer pèse davantage sur ces deux années qu'un écart de dix points de taux d'admission ne pèse sur ta probabilité de réussite si tu es bien préparé.
- Regarde la sortie avant l'entrée. Si l'académie visée est un territoire massivement demandé à l'entrée par les titulaires, tu y entres difficilement mais tu n'en repars jamais contraint. Si c'est un territoire massivement demandé à la sortie, tu y entres facilement et tu devras patienter pour en partir.
Sur moncrpe.com, les cours et les quiz s'adaptent à ton niveau de départ et à ton temps disponible, quelle que soit l'académie où tu te présentes : le socle de connaissances évalué est national, seule l'organisation locale des épreuves varie.
Après la titularisation, combien de temps avant de pouvoir bouger ?
Changer de département suppose de passer par le mouvement interdépartemental, une opération annuelle au barème. En 2026, 12 251 professeurs des écoles ont déposé une demande de mutation et 23,23 % l'ont obtenue. Trois demandeurs sur quatre sont donc restés où ils étaient pour au moins un an de plus.
Le calendrier est fixe et se joue en hiver. Pour la campagne 2025-2026, la saisie des vœux courait du 5 au 26 novembre 2025, la confirmation devait être renvoyée avant le 11 décembre, la vérification du barème s'ouvrait le 14 janvier et les résultats sont tombés le 11 mars 2026, d'après education.gouv.fr.
Le barème explique l'essentiel des résultats. L'ancienneté et l'échelon pèsent de 22 à 53 points, le rapprochement de conjoint 150 points auxquels s'ajoutent 50 points par enfant, une situation de handicap 100 ou 800 points selon les cas, l'exercice en éducation prioritaire de 45 à 90 points, et l'ancienneté dans le département actuel 2 points par an au-delà de trois ans. Un jeune titulaire sans conjoint à rapprocher et sans enfant part donc avec le barème le plus faible de tout le dispositif.
Le taux global de 23,23 % en 2026, en recul par rapport aux 23,84 % de 2025, s'accompagne d'un mouvement moins nombreux : 12 251 demandes contre 13 975 l'année précédente. Le fonctionnement détaillé du mouvement, ses deux étages et son vocabulaire sont expliqués dans le guide sur la mutation et le mouvement départemental, et les affectations de début de carrière côté titulaire remplaçant, ZIL et brigade.
Trois raisonnements qui font choisir la mauvaise académie
« Je vise l'académie qui ouvre le plus de postes. » Le raisonnement fonctionne par accident en Île-de-France, parce que l'offre y dépasse la demande. Ailleurs, il se retourne : Lille ouvrait 448 postes en 2025, plus que Rennes et La Réunion réunies, pour un taux d'admission de 27 % seulement, parce que 1 642 candidats se sont présentés. Le volume attire le volume.
« Je vise l'académie la moins demandée pour passer plus facilement. » Vrai sur le papier, à condition d'accepter d'y vivre. L'affectation suit, le département suit, et l'engagement de servir quatre ans après la titularisation suit également pour les lauréats de la voie bac+3. Une académie choisie uniquement pour son taux d'admission devient une contrainte de logement dès la rentrée suivante.
« Je choisis maintenant, je muterai plus tard. » Les chiffres du mouvement 2026 disent le contraire : moins d'un quart des demandes satisfaites, et un barème qui pénalise précisément les nouveaux titulaires. Les seules exceptions notables concernent les lauréats ayant déjà exercé : ceux qui étaient contractuels pendant 18 mois, comme les candidats du troisième concours, sont maintenus dans leur académie d'exercice ou d'inscription. À lire aussi : le comparatif entre le statut de contractuel et celui de stagiaire lauréat, qui détaille ce que l'expérience de contractuel conserve réellement au moment du classement.
Une fois la case cochée et l'écrit passé, la question du choix disparaît et laisse place à celle du calendrier : les semaines entre l'admissibilité et les oraux se jouent, elles aussi, académie par académie, avec des dates fixées par chaque rectorat.
Questions fréquentes
Prépare ton concours, pas seulement ton académie
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