Devenir directeur d'école après le CRPE : ce que dit le décret

Après quelques années de classe, l'idée de prendre une direction revient souvent. Ce que la réglementation encadre, ce n'est pas l'envie : c'est le chemin. Ancienneté, liste d'aptitude, commission, décharge selon la taille de l'école, indemnité fixée par arrêté. Voici les textes, pas les forums.

Adam, membre du jury et correcteur du CRPE
Par Membre du jury et correcteur du CRPE

Le métier de directeur d'école n'existait pas juridiquement comme fonction avant la loi n° 2021-1716 du 21 décembre 2021, dite loi Rilhac. Avant elle, c'était un emploi confié à un professeur des écoles ou à un instituteur, sans cadre statutaire propre. Le décret d'application, le décret n° 2023-777 du 14 août 2023, fixe depuis les missions, les conditions de nomination et le déroulement de carrière.

Ce qu'on lit ailleurs reste souvent vague : « un rôle de leadership », « une reconnaissance professionnelle ». Les textes réglementaires, eux, sont d'une précision utile : trois voies d'accès, un plafond d'inscription sur la liste d'aptitude, un tableau de décharge à six paliers, un barème d'indemnité à trois niveaux. Tout est repris ci-dessous, avec le décret ou l'arrêté sous chaque tableau.

47 600
enseignants exerçaient une fonction de direction d'école en 2021-2022
12 classes
seuil à partir duquel la décharge d'enseignement devient totale
3 770,62 €
indemnité de sujétions spéciales annuelle brute pour une école de 10 classes et plus

Ce que la loi Rilhac a changé en créant la fonction

La loi Rilhac transforme un emploi en fonction reconnue. Le directeur d'école se voit reconnaître une autorité fonctionnelle sur les personnes présentes dans l'école pendant le temps scolaire, une délégation de compétences de l'autorité académique, et un déroulement de carrière propre. Il reste professeur des écoles, dans son corps d'origine.

Avant le 21 décembre 2021, diriger une école n'était pas une fonction reconnue en tant que telle : c'était un emploi occupé par un professeur des écoles ou un instituteur, la plupart du temps en plus de sa charge de classe. La loi n° 2021-1716 du 21 décembre 2021 change ça et crée juridiquement la fonction de directrice ou de directeur d'école.

Le décret n° 2023-777 du 14 août 2023, pris en application de cette loi, précise ce que ça signifie concrètement. Le directeur ou la directrice « veille à la bonne marche de l'école maternelle, élémentaire ou primaire dont il a la charge » et, pendant le temps scolaire, « a autorité sur l'ensemble des personnes présentes dans l'école ». Un point à ne pas confondre : cette autorité reste fonctionnelle, limitée au temps scolaire et à l'organisation de l'école, pas hiérarchique et statutaire comme celle d'un principal de collège sur ses professeurs.

Autre précision utile : les instituteurs et professeurs des écoles nommés directeurs poursuivent leur carrière dans leur corps d'origine. Il ne s'agit pas d'un nouveau corps de fonctionnaires, contrairement aux personnels de direction du second degré, mais d'un emploi spécifique à l'intérieur du corps des professeurs des écoles.

La fonction n'a rien de marginal. Le ministère recensait 47 600 enseignants directeurs d'école en 2021-2022, dont 43 418 dans le secteur public et 6 675 exerçant en éducation prioritaire. La fonction concerne aussi 4 178 enseignants du privé sous contrat.

Les conditions réelles pour s'inscrire sur la liste d'aptitude

Trois années de services d'enseignement suffisent pour demander l'inscription sur la liste d'aptitude, après avoir suivi la formation de préparation à la fonction. Une voie alternative existe pour ceux qui ont déjà fait fonction pendant une année scolaire avec l'avis favorable de leur inspecteur.

Les trois façons d'accéder à un poste de direction
VoieCondition d'anciennetéFormation préalable
Voie ordinairetrois années de services d'enseignement au 1er septembre de l'année scolaire concernéeoui, formation de préparation à la fonction
Voie de l'expérienceavoir exercé la fonction de directeur pendant une année scolaire au moins, avec avis favorable de l'IENoui, sauf si déjà suivie
Nomination sur poste vacantaucune condition d'inscription sur la liste d'aptitude, nomination pour une année scolaire, à la demande de l'intéresséformation à suivre dans les quatre mois suivant la prise de fonction

Source : décret n° 2023-777 du 14 août 2023 relatif aux directeurs d'école, consulté sur legifrance.gouv.fr en août 2026.

La liste elle-même est arrêtée chaque année, département par département, par le directeur académique des services de l'éducation nationale (DASEN). Une fois inscrit, tu le restes pendant trois années scolaires. Mais le nombre total de candidats inscrits sur une liste ne peut pas dépasser quatre fois le nombre de postes à pourvoir. Être inscrit ouvre une possibilité, ça ne réserve aucun poste.

La formation de préparation à la fonction conditionne l'inscription, sauf si tu en as déjà bénéficié par ailleurs. Ce n'est pas une formalité administrative : elle porte sur le pilotage pédagogique, la relation aux familles, la sécurité, et la gestion des situations difficiles. Autant de domaines que personne n'aborde pendant les deux ans de formation à l'INSPÉ.

Comment se passe la sélection, concrètement ?

Ta candidature à un emploi de directeur d'école est adressée au DASEN dont tu dépends. Elle fait l'objet d'un avis motivé de l'IEN de ta circonscription, que tu peux d'ailleurs demander à consulter.

Elle est ensuite soumise à une commission départementale, présidée par le DASEN ou son représentant, et composée d'un IEN ainsi que d'un directeur d'école justifiant d'une expérience professionnelle suffisante. Cette commission ne se contente pas d'examiner un dossier sur papier : elle formule son avis après un entretien individuel avec chaque candidat.

La nomination finale revient au DASEN, dans la limite des emplois vacants, parmi les candidats inscrits sur la liste d'aptitude départementale. Il existe une exception : en cas de poste resté vacant, un professeur des écoles non inscrit sur la liste peut être nommé directeur pour une année scolaire, à sa demande. Il devra alors suivre une formation dans les quatre mois suivant sa prise de fonction, contre six mois pour un directeur nommé par la voie normale.

Le passage devant la commission ressemble beaucoup, dans sa logique, à celui du mouvement : dossier, avis hiérarchique, barème, décision du DASEN. On l'a détaillé dans le guide sur le mouvement départemental.

La décharge de direction selon le nombre de classes

La décharge de direction est le temps d'enseignement dont le directeur est libéré pour exercer ses fonctions. Elle n'est pas négociée localement : le décret n° 2022-541 du 13 avril 2022 fixe un barème national à six paliers, de six jours par an pour une classe unique à la décharge totale à partir de douze classes.

Décharge de direction selon le nombre de classes, école maternelle, élémentaire ou primaire
Nombre de classesDécharge d'enseignement
1 classe6 jours fractionnables dans l'année
2 à 3 classes12 jours fractionnables dans l'année
4 à 5 classesquart de décharge
6 à 8 classestiers de décharge
9 à 11 classesdemi-décharge
12 classes et plusdécharge totale d'enseignement

Source : décret n° 2022-541 du 13 avril 2022, article 6, tableau applicable depuis le 1er septembre 2022, consulté sur legifrance.gouv.fr en août 2026.

Deux précisions changent souvent le résultat. D'abord, chaque dispositif d'unité localisée pour l'inclusion scolaire compte pour une classe dans ce décompte : une école de onze classes avec une ULIS bascule donc en décharge totale. Ensuite, les écoles annexes et les écoles d'application relèvent d'un barème distinct, prévu par l'article 4 du même décret : pas de décharge en dessous de trois classes d'application, demi-décharge de trois à quatre, décharge totale à partir de cinq.

Dans les faits, la décharge totale reste minoritaire. D'après les données de l'Institut des hautes études de l'éducation et de la formation, 34 % des directeurs du secteur public n'ont pas de décharge ou une décharge minime, 38 % bénéficient d'un quart de décharge, 18 % d'un tiers ou d'une demie, et 10 % seulement d'une décharge importante ou totale. Autrement dit, sept directeurs sur dix continuent d'assurer l'essentiel d'un service de classe.

Ces mêmes données montrent un profil très différent selon la taille de l'école : les directeurs totalement déchargés ont en moyenne 51,4 ans et plus de vingt ans d'enseignement derrière eux, quand les petites écoles rurales sont dirigées par des collègues nettement plus jeunes, souvent en classe multi-niveaux par-dessus le marché.

Ce que la direction rapporte vraiment

La rémunération d'un directeur d'école combine trois briques distinctes : une indemnité de sujétions spéciales fixée par arrêté selon le nombre de classes, une bonification indiciaire exprimée en points d'indice, et une nouvelle bonification indiciaire de huit points. Le tout s'ajoute au traitement de professeur des écoles.

La rémunération liée à la fonction de direction, en brut annuel
ÉlémentMontantTexte de référence
Indemnité de sujétions spéciales, 1 à 3 classes2 970,62 €arrêté du 19 juillet 2023
Indemnité de sujétions spéciales, 4 à 9 classes3 370,62 €arrêté du 19 juillet 2023
Indemnité de sujétions spéciales, 10 classes et plus3 770,62 €arrêté du 19 juillet 2023
Majoration en éducation prioritaire+ 20 % en REP, + 50 % en REP+réponse ministérielle du 4 novembre 2025
Nouvelle bonification indiciaire8 points d'indice majoréréponse ministérielle du 4 novembre 2025
ISAE2 550 €décret n° 2013-790 du 30 août 2013

Sources : legifrance.gouv.fr et réponse du ministre à la question écrite n° 2507, Assemblée nationale, consultées en août 2026.

Cette indemnité de sujétions spéciales a été revalorisée à plusieurs reprises, la dernière fois au 1er septembre 2023 avec un doublement de sa part variable. En réponse à une question écrite, le ministère a chiffré l'ensemble : un directeur d'école à classe unique perçoit environ 6 170 € bruts annuels au titre de ses fonctions, contre environ 9 156 € pour une école de dix classes et plus, hors éducation prioritaire.

La bonification indiciaire mérite une attention particulière, parce qu'elle ne fonctionne pas comme une prime. Exprimée en points d'indice majoré, elle est de l'indiciaire : elle entre dans l'assiette de la pension, contrairement aux indemnités. C'est la seule partie de la rémunération de direction qui te suivra à la retraite, comme l'explique le dossier sur la retraite des professeurs des écoles.

Bonification indiciaire du directeur d'école selon la taille de l'école
GroupeTaille de l'écoleBonification
1er groupeécole à classe unique3 points
2e groupe2 à 4 classes16 points
3e groupe5 à 9 classes30 points
4e groupe10 classes et plus40 points

Source : décret n° 83-50 du 26 janvier 1983, article 3, version consolidée consultée sur legifrance.gouv.fr en août 2026.

Un ordre de grandeur pour situer : quarante points d'indice majoré, à la valeur du point d'indice de la fonction publique de 4,92 € par mois, représentent près de 197 € bruts mensuels. À comparer aux montants de la grille indiciaire des professeurs des écoles, c'est l'équivalent de deux à trois échelons gagnés d'un coup, à condition de diriger une grande école.

Une fois nommé : formation, évaluation, avancement

Un directeur nouvellement nommé suit une formation au plus tard six mois après sa prise de fonction. Ensuite, il est évalué par l'IEN de sa circonscription au plus tard après trois ans d'exercice, puis au moins une fois tous les cinq ans. Cette évaluation donne lieu à un entretien sur ses conditions d'exercice, avec un compte rendu écrit, pas une simple case cochée.

Côté carrière, chaque année de service continu comme directeur d'école ouvre droit à une bonification d'ancienneté de trois mois pour l'avancement dans le corps des professeurs des écoles. Sur huit ans de direction, ça représente deux années d'ancienneté supplémentaires, donc un ou deux échelons pris d'avance sur les collègues entrés la même année.

L'effet se cumule avec la bonification indiciaire : plus de points aujourd'hui, et un échelon atteint plus tôt. C'est le seul dispositif de ce type dans le premier degré, et il est très mal connu au moment de candidater.

Ce qu'on te dit moins souvent : les limites réelles du poste

Le poste de directeur d'école n'est pas un grade, c'est un emploi. Le DASEN peut te le retirer « dans l'intérêt du service », ce qui n'existe pas dans les mêmes termes pour un personnel de direction statutaire du second degré. C'est aussi pour ça qu'un directeur d'école reste avant tout un professeur des écoles : il poursuit sa carrière dans son corps d'origine, avec ou sans la fonction de direction.

Le tableau des décharges dit le reste. Avec quatre à cinq classes, tu obtiens un quart de décharge, soit une journée par semaine, pour absorber les inscriptions, les relations avec la mairie, les équipes éducatives, les incidents, la sécurité et le pilotage pédagogique. Le quotidien réel d'un professeur des écoles change donc sensiblement une fois la direction ajoutée, sans jamais devenir un poste de gestion à temps plein comparable à celui d'un chef d'établissement.

Le rapport aux familles se transforme aussi : le directeur devient l'interlocuteur de premier recours pour tout ce que l'enseignant de la classe ne règle pas, un sujet couvert dans l'article sur les relations avec les parents d'élèves.

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Sur moncrpe.com, la préparation ne s'arrête pas au jour du concours : les articles sur l'évolution de carrière s'appuient sur les mêmes textes officiels que ceux utilisés pour construire les cours, décret et arrêté cités à chaque tableau.

Si l'évolution de carrière t'intéresse au-delà de la direction, à lire aussi : la deuxième carrière après l'enseignement, si direction ne rime pas forcément avec évolution pour toi.

En résumé : le parcours en 4 étapes

Schéma : Devenir directeur d'écoleDevenir directeur d'école11. Condition d'accès3 ans d'enseignementou 1 an d'exercice + avis IENformation de préparationsuivie22. Liste d'aptitudeArrêtée par le DASENValable 3 années scolairesMaximum ×4 le nombre de postes33. SélectionAvis de l'IENCommission départementaleEntretien individuel44. NominationPar le DASEN, postes vacantsDécharge selon le nombre declassesBonification de 3 mois par an

Questions fréquentes

Faut-il forcément 3 ans d'ancienneté pour devenir directeur d'école ?
Non. Le décret du 14 août 2023 prévoit une voie alternative : avoir exercé la fonction de directeur pendant un an au moins, avec un avis favorable de l'IEN de circonscription, dispense de la condition des trois ans.
Quelle décharge de direction selon le nombre de classes ?
6 jours par an pour une classe, 12 jours de 2 à 3 classes, un quart de décharge de 4 à 5 classes, un tiers de 6 à 8, une demie de 9 à 11, et une décharge totale à partir de 12 classes.
Combien gagne un directeur d'école en plus de son salaire ?
L'indemnité de sujétions spéciales va de 2 970,62 € à 3 770,62 € bruts annuels selon la taille de l'école, majorée de 20 % en REP et de 50 % en REP+, à quoi s'ajoutent 8 points de nouvelle bonification indiciaire.
Être inscrit sur la liste d'aptitude garantit-il un poste ?
Non. Le nombre de candidats inscrits peut atteindre quatre fois le nombre de postes à pourvoir, et l'inscription vaut trois années scolaires. Elle ouvre une possibilité, elle ne réserve rien.
Le directeur d'école a-t-il autorité hiérarchique sur les autres enseignants ?
Non, pas au sens statutaire. Le décret lui donne une autorité fonctionnelle sur l'ensemble des personnes présentes dans l'école pendant le temps scolaire, ce qui reste différent d'un pouvoir hiérarchique disciplinaire.
La direction d'école accélère-t-elle l'avancement ?
Oui. Chaque année de service continu comme directeur ouvre droit à trois mois de bonification d'ancienneté pour l'avancement dans le corps des professeurs des écoles, en plus des points de bonification indiciaire.

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