Devenir professeur des écoles en Europe, sept pays comparés

Un professeur des écoles français enseigne 900 heures par an, contre 770 en moyenne dans l'OCDE, selon Regards sur l'éducation 2026, paru le 29 septembre. Formation, recrutement et salaire de début varient tout autant d'un pays européen à l'autre, et la comparaison éclaire ce qui caractérise le métier en France.

Par Membre du jury et correcteur du CRPE

Le CRPE, le master et le statut de fonctionnaire d'État forment un modèle français bien identifiable. Les autres pays européens organisent chacun à leur façon la qualification, la sélection et l'entrée dans le métier. Certains recrutent par concours national, d'autres laissent chaque école embaucher qui elle veut.

On lit souvent qu'un enseignant allemand gagnerait « le double », qu'un enseignant finlandais serait « choisi parmi les meilleurs », qu'un Espagnol passerait « le concours le plus dur d'Europe ». Ces phrases mélangent des niveaux d'enseignement, des années de référence et des indicateurs qui ne se comparent pas.

Les chiffres qui suivent viennent de deux sources officielles. Le réseau Eurydice de la Commission européenne fournit les salaires statutaires et les qualifications exigées, l'OCDE le temps d'enseignement et les indicateurs de pénurie. L'édition 2026 de Regards sur l'éducation consacre justement son dossier thématique aux pénuries d'enseignants, ce qui permet de comparer pays par pays la part d'enseignants qui exercent sans être titulaires. L'année de référence est indiquée pour chaque colonne.

Le modèle français

En France, le concours précède la formation professionnelle complète. Depuis la session 2026, le CRPE externe se passe en fin de licence, et les lauréats suivent ensuite deux ans de master enseignement et éducation rémunérés, la seconde année comme fonctionnaire stagiaire à mi-temps devant élèves. La qualification finale reste un diplôme de niveau master.

Le ministère annonce environ 1 400 euros nets mensuels en première année de master, avec une douzaine de semaines de stage accompagné, et au moins 1 800 euros nets en seconde année. Le cadrage complet figure dans la FAQ ministérielle sur la réforme du recrutement. Le concours bac+5 ne subsiste que pendant la transition 2026-2027.

Trois traits caractérisent ce modèle et serviront de grille de lecture pour la suite.

  • Un concours national organisé par l'État sélectionne les candidats avant leur qualification complète.
  • L'État est l'employeur unique et affecte ensuite l'enseignant dans un département.
  • Le professeur des écoles est polyvalent de la maternelle au CM2, alors que plusieurs systèmes voisins séparent le préprimaire du primaire. Ce dernier point complique la lecture des statistiques internationales, on y revient plus bas.

La même édition de Regards sur l'éducation ajoute deux éléments. L'évaluation individuelle des enseignants est obligatoire en France, comme dans 16 pays sur les 29 qui renseignent cet indicateur, et elle prend la forme du rendez-vous de carrière pour un professeur des écoles. La dépense publique par élève du primaire s'élevait par ailleurs à 11 565 dollars en France en 2023, contre 12 893 dollars en moyenne dans l'OCDE.

Le comparatif européen sur sept pays

Quatre critères suffisent à situer un système, à savoir la formation exigée, le mode de recrutement, le salaire de début et le nombre d'heures passées devant élèves chaque année. Le tableau les réunit pour la France, l'Allemagne, l'Espagne, la Finlande, l'Italie, les Pays-Bas et le Portugal, dans le primaire public.

Devenir et être enseignant du primaire : sept systèmes européens comparés (moyenne OCDE du temps d'enseignement : 770 heures)
PaysFormation initiale exigéeMode de recrutementSalaire statutaire de début, brut annuel (2024-2025)Temps d'enseignement annuel (2025)
FranceLicence puis master enseignement et éducation, niveau masterConcours national d'État (CRPE) en fin de licence, puis stage rémunéré32 264 €900 heures (temps typique)
Allemagne7 semestres minimum à l'université (210 crédits) puis service préparatoire de 12 à 24 mois, niveau masterDeux examens d'État, puis candidature auprès du Land selon les postes ouverts59 979 €691 heures (temps typique)
EspagneGrado en educación primaria, 4 ans (240 crédits), niveau licenceConcurso-oposición organisé par chaque communauté autonome, puis année de stage évaluée35 030 €828 heures (temps typique)
FinlandeMaster en sciences de l'éducation, 5 ans (300 crédits), sélection à l'entrée en formationRecrutement ouvert par l'employeur éducatif, postes publiés, pas de concours national37 116 €673 heures (minimum réglementaire)
ItalieLaurea magistrale à cycle unique en sciences de la formation primaire, 5 ans (300 crédits)Concours public, classements régionaux renouvelés, puis année de formation et de stage de 180 jours25 195 €752 heures (minimum réglementaire)
Pays-BasBachelor professionnel (pabo), 4 ans (240 crédits), niveau licenceRecrutement direct par le conseil d'établissement, sans concours ni classement national48 852 €940 heures (maximum réglementaire)
PortugalLicence puis master d'enseignement, niveau masterConcours national de recrutement, classement sur qualification et expérience, sans épreuves25 101 €783 heures (maximum réglementaire)

Sources : salaires statutaires annuels bruts des enseignants du primaire à qualification minimale, Eurydice, Commission européenne, année de référence 2024-2025 ; temps d'enseignement statutaire net dans le primaire public, OCDE, Regards sur l'éducation 2026, notes par pays publiées le 29 septembre 2026, année de référence 2025 ; qualifications et procédures de recrutement, fiches nationales Eurydice.

L'Allemagne combine le salaire de début le plus élevé et le temps d'enseignement le plus faible du panel, mais aussi le parcours le plus long, avec un service préparatoire qui peut durer deux ans après l'université. À l'autre bout, l'Italie et le Portugal démarrent 7 000 euros bruts annuels sous la France, avec une formation aussi longue.

La France occupe une position singulière, avec un salaire de début dans la moitié basse du panel et le deuxième temps d'enseignement le plus élevé après les Pays-Bas, 130 heures au-dessus de la moyenne OCDE. C'est cette combinaison, plus que le seul niveau de salaire, qui distingue le métier en France.

La France manque-t-elle d'enseignants plus que ses voisins ?

Moins que la moyenne, d'après l'indicateur que l'OCDE vient de publier. Regards sur l'éducation 2026 mesure la part d'enseignants non pleinement qualifiés. Elle atteint 7,1 % en France en 2023-2024, contre 9,1 % en moyenne dans l'OCDE, 18,6 % en Allemagne et 12,9 % en Finlande.

Dans la nomenclature de l'OCDE, un enseignant non pleinement qualifié ne remplit pas encore toutes les conditions fixées par son pays pour être reconnu comme pleinement qualifié. La note française dit clairement ce que la catégorie recouvre chez nous, c'est-à-dire les enseignants contractuels, qui exercent sans le statut de fonctionnaire titulaire que confère la réussite au concours. Dans cette lecture internationale, le CRPE marque donc exactement la frontière entre les deux populations.

Enseignants non pleinement qualifiés et départs de la profession, primaire et secondaire publics
PaysEnseignants non pleinement qualifiésDéparts de la profession sur un anAnnée de référence
France7,1 %1,9 %2023-2024
Allemagne18,6 %Non communiqué2023-2024
Finlande12,9 %9,1 %2023-2024
Pays-Bas2 %6,9 %2024-2025
Moyenne OCDE9,1 %6,4 %2024-2025

Source : OCDE, Regards sur l'éducation 2026, notes par pays du 29 septembre 2026 (tableaux 1 et 3). L'Espagne, l'Italie et le Portugal ne renseignent pas ces deux indicateurs dans leur note nationale. Le périmètre finlandais inclut le lycée général et compte aussi les changements d'affectation au sein du secteur public.

Ces chiffres contredisent quelques idées reçues. L'Allemagne, souvent citée pour ses salaires, affiche la part d'enseignants non pleinement qualifiés la plus élevée du panel, que l'OCDE relie à la longueur du parcours de qualification et au recours persistant à des voies d'entrée alternatives. La Finlande, citée pour sa sélection, voit 9,1 % de ses enseignants pleinement qualifiés quitter la profession en 2023-2024. Pour la France, l'OCDE écrit que « seuls 1.9 % des enseignants pleinement qualifiés [...] ont quitté la profession ».

La pénurie elle-même se mesure différemment selon les pays. La France estime ses besoins avant la rentrée, et le déficit équivalait à 0,4 % des postes d'enseignants du secondaire public avant ou au début de l'année scolaire 2023-2024, l'une des proportions les plus basses parmi les pays qui renseignent l'indicateur. Les Pays-Bas comptent au contraire les postes restés vacants après la rentrée, et en trouvent 2 % dans le secondaire public en 2024-2025. Mettre ces deux pourcentages côte à côte comme s'ils se comparaient serait une erreur de méthode.

Pour le premier degré français, les ordres de grandeur sont documentés et plus bas que ne le laissent entendre la plupart des titres de presse. Ils sont chiffrés dans l'état réel de la pénurie de professeurs des écoles. Si tu envisages d'enseigner comme contractuel en attendant le concours, l'article sur le fait d'être contractuel avant le CRPE en détaille les conséquences statutaires.

Un dernier chiffre est rarement relevé. Le nombre d'enseignants du primaire a augmenté de 6 % dans les établissements publics français entre 2016 et 2024, alors que le nombre d'élèves baissait de 4 %. L'OCDE note que la baisse démographique attendue en France pourrait, à politiques inchangées, réduire le besoin d'enseignants tout en améliorant le taux d'encadrement.

Combien d'années de formation faut-il selon les pays ?

Cinq ans dans quatre des sept pays, quatre ans en Espagne et aux Pays-Bas. La différence tient surtout au niveau de diplôme exigé. Eurydice classe la France, l'Allemagne, la Finlande, l'Italie et le Portugal au niveau master pour enseigner dans le primaire, l'Espagne et les Pays-Bas au niveau licence.

La Finlande sert souvent de modèle, pour une raison précise. Les universités y sélectionnent à l'entrée en formation, par un examen écrit commun, des tests d'aptitude et des entretiens, avant cinq années conduisant au master en sciences de l'éducation. La sélection porte donc sur l'accès aux études. En France, c'est l'inverse, puisque l'université ne sélectionne pas à l'entrée en licence et que le filtre se situe au concours.

L'Italie est allée plus loin que tous les autres dans la formation longue. Elle exige un diplôme unique de cinq ans en sciences de la formation primaire, soit 300 crédits, dont 600 heures de stage réparties de la deuxième à la cinquième année et 31 crédits consacrés à la scolarisation des élèves en situation de handicap. Peu de systèmes consacrent autant de temps à l'inclusion dans la formation initiale.

L'Allemagne est le seul pays du panel où la formation se termine par une seconde phase entièrement professionnelle et évaluée. Ce service préparatoire dure de douze à vingt-quatre mois selon le Land et se conclut par un second examen d'État, sans lequel on ne peut pas obtenir de poste de titulaire. Les fiches nationales sont consultables sur l'encyclopédie Eurypedia d'Eurydice, qui décrit système par système la formation initiale et les conditions de service.

Concours, classement ou candidature, trois façons de recruter

Dans le recrutement ouvert, chaque employeur, école ou collectivité, publie ses postes et choisit parmi les candidats qui possèdent la qualification requise. Dans le concours, un jury classe des candidats sur épreuves. Dans le classement national, un algorithme ordonne les candidats sur dossier.

Ces trois modèles se répartissent nettement dans le panel. La France, l'Espagne et l'Italie recrutent sur épreuves. Le Portugal classe ses candidats à l'échelle nationale selon la note de qualification pédagogique, l'expérience d'enseignement et l'évaluation de la performance, sans épreuve à passer. En Finlande et aux Pays-Bas, les postes vacants sont publiés et l'employeur décide. L'Allemagne se situe entre les deux, sans concours mais avec deux examens d'État qui font office de filtre, suivis d'une candidature auprès du Land.

Une conséquence pratique passe inaperçue depuis la France. Dans un système de recrutement ouvert, il n'existe ni mouvement ni barème de mutation. Un enseignant finlandais ou néerlandais qui veut changer de ville répond à une offre d'emploi, comme dans n'importe quel secteur. L'affectation par points à la française, avec ses vœux et ses bonifications, n'a aucun équivalent chez eux. Son fonctionnement est expliqué dans l'article sur le mouvement et les mutations des professeurs des écoles.

L'Espagne et l'Italie partagent avec la France la logique du concours, avec une organisation différente. Le concurso-oposición espagnol est organisé par chaque communauté autonome et combine des épreuves avec une phase de mérites où comptent l'expérience et les titres, avant une année de stage évaluée. En Italie, le concours alimente des classements régionaux régulièrement renouvelés, et le lauréat choisit son école parmi celles qui ont des postes, avant une année de formation et de stage d'au moins 180 jours dont 120 devant élèves.

Salaire de début, milieu de carrière et sommet de grille

Le salaire statutaire est la rémunération brute annuelle fixée par la réglementation pour un enseignant à temps plein pleinement qualifié, hors primes liées à une fonction particulière. C'est le seul indicateur qui se compare d'un pays à l'autre, parce qu'il ne dépend ni de l'ancienneté moyenne du corps ni des indemnités locales.

Progression du salaire statutaire brut annuel d'un enseignant du primaire, 2024-2025
PaysDébut de carrièreAprès 15 ansSommet de la grilleAnnées pour atteindre le sommet
France32 264 €36 591 €51 911 €34 ans
Allemagne59 979 €71 844 €77 433 €Non renseigné
Espagne35 030 €40 633 €50 148 €39 ans
Finlande37 116 €45 311 €48 030 €20 ans
Italie25 195 €30 271 €36 733 €35 ans
Pays-Bas48 852 €79 588 €99 994 €12 ans
Portugal25 101 €31 874 €52 669 €34 ans

Source : Eurydice, Commission européenne, salaires statutaires annuels bruts en monnaie nationale des enseignants à temps plein pleinement qualifiés, niveau primaire (CITE 1), qualification minimale, année de référence 2024-2025. Le sommet néerlandais recouvre plusieurs échelles accessibles au sein du même niveau d'enseignement.

La deuxième colonne est la plus instructive. Après quinze ans de carrière, un enseignant français du primaire est passé de 32 264 à 36 591 euros bruts annuels, soit environ 13 % de progression. Sur la même durée, un enseignant néerlandais a gagné 63 %, un Finlandais 22 %, un Portugais 27 %. La lenteur du début de grille française se lit directement dans ces chiffres.

Le temps nécessaire pour atteindre le sommet de la grille confirme le constat. Il faut douze ans aux Pays-Bas, vingt en Finlande, trente-quatre en France et trente-neuf en Espagne. Certains pays concentrent la progression sur les quinze premières années, d'autres l'étalent sur toute la carrière. Pour l'équivalent en net, mois par mois, la page sur le salaire réel d'un professeur des écoles détaille la grille indiciaire et les primes.

Le salaire statutaire ne dit pas tout de la place du métier dans son pays. Regards sur l'éducation 2026 compare aussi la rémunération des enseignants à celle des autres actifs diplômés du supérieur. En France, un enseignant du préélémentaire gagne en moyenne 18 % de moins qu'eux, un enseignant de collège 10 % de moins. Le même document mesure, entre 2015 et 2025, une progression de 7 points du salaire statutaire de début en France et un recul de 0,1 point pour un enseignant à quinze ans d'ancienneté, la qualification de référence retenue pour le secondaire étant le CAPES. Les revalorisations de la dernière décennie ont donc porté sur l'entrée dans le métier et presque pas sur le milieu de carrière.

Les indemnités échappent à toute comparaison statutaire. Elles représentent une part importante d'une fiche de paie française et ne figurent jamais dans les séries d'Eurydice. Leur montant réel est détaillé dans l'article sur les primes et indemnités d'un professeur des écoles.

Les enseignants français sont-ils plus insatisfaits qu'ailleurs ?

Sur le salaire, oui, et nettement. Selon l'enquête TALIS 2024 de l'OCDE, 26,6 % des enseignants français de collège se déclarent satisfaits de leur salaire, contre 38,7 % en moyenne dans les pays de l'OCDE. Pour les conditions d'emploi hors salaire, la proportion est de 58,7 % contre 68,4 %.

Attractivité du métier enseignant : la France face à la moyenne OCDE
IndicateurFranceMoyenne OCDEEnquête et année
Satisfaits de leurs conditions d'emploi, hors salaire58,7 %68,4 %TALIS 2024
Satisfaits de leur salaire26,6 %38,7 %TALIS 2024
Enseignants de seconde carrière5 %8,4 %TALIS 2024
Enseignants du secondaire âgés de 55 ans et plus23 %25 %2024
Heures de travail hebdomadaires déclarées, temps plein39,8 h40,8 hPIAAC 2023

Source : OCDE, Regards sur l'éducation 2026, note France du 29 septembre 2026 (tableaux 5 et 6, figure 10). Les données TALIS portent sur les enseignants du premier cycle du secondaire, seule population couverte par l'enquête.

Les heures déclarées vont contre une idée répandue. Les enseignants français à temps plein du primaire, du secondaire et de la voie professionnelle déclarent 39,8 heures de travail par semaine, quand les autres actifs français diplômés du supérieur en déclarent 41,1. L'écart va dans le même sens que la moyenne OCDE (40,8 heures contre 41,5), en plus marqué. En Allemagne, les enseignants déclarent 42,4 heures. Ces chiffres reposent sur ce que disent les enseignants eux-mêmes, et ils ne disent rien de la charge mentale.

La pyramide des âges n'a rien d'alarmant en France, où 23 % des enseignants du secondaire ont 55 ans ou plus, contre 25 % en moyenne et 38 % au Portugal. Le chiffre préoccupant concerne les enseignants de seconde carrière. La France n'en compte que 5 % en collège, contre 8,4 % en moyenne dans l'OCDE, alors que la plupart des pays s'appuient sur ce vivier pour recruter. C'est précisément le profil de ceux qui envisagent de passer le CRPE à 40 ou 50 ans.

Ces taux de satisfaction sont à lire avec prudence. Ils mesurent un ressenti déclaré à un moment donné, dans des contextes de négociation salariale très différents, et ils n'ont pas la même signification dans un pays où l'emploi est garanti à vie et dans un pays où l'enseignant est salarié de son établissement. Ils indiquent une tendance sans permettre de classer les conditions de travail.

Combien d'heures un enseignant passe-t-il devant élèves ?

De 673 heures par an en Finlande à 940 aux Pays-Bas, l'écart atteint 40 % entre les deux extrêmes du panel. La France arrive au deuxième rang avec 900 heures, pour une moyenne OCDE de 770 heures dans le primaire. Ce chiffre correspond au temps d'enseignement réglementaire net, hors préparation, réunions et corrections.

Cet indicateur explique une partie de ce que le salaire seul ne montre pas. Un enseignant allemand du primaire démarre à environ 60 000 euros bruts annuels pour 691 heures d'enseignement, un Français à 32 264 euros pour 900 heures. Rapporté à l'heure d'enseignement, l'écart de rémunération dépasse donc largement l'écart annuel, dans un rapport de plus de deux à un.

L'OCDE ne mesure toutefois pas la même chose dans tous les pays. Les 900 heures françaises et les 828 heures espagnoles sont des temps typiques, les 673 heures finlandaises et les 752 heures italiennes des minimums réglementaires, les 940 heures néerlandaises et les 783 heures portugaises des maximums. La note par pays de la Finlande le précise pour son propre cas. Comparer un maximum néerlandais à un minimum finlandais exagère forcément l'écart entre les deux pays.

Il faut aussi savoir ce que recouvre ce temps en France. Les 900 heures sont l'estimation harmonisée retenue par l'OCDE. Le service réglementaire d'un professeur des écoles combine 24 heures hebdomadaires devant élèves, des heures d'activités pédagogiques complémentaires et des heures d'animation et de formation, dont le décompte diffère de la définition internationale. Une comparaison sérieuse s'appuie toujours sur le même indicateur d'un pays à l'autre.

Le temps de travail total se répartit lui aussi différemment. Aux Pays-Bas et en Allemagne, une partie du service est explicitement définie comme temps de présence dans l'établissement en dehors de l'enseignement, ce qui n'existe pas en France pour le premier degré. À nombre d'heures d'enseignement comparable, la charge réelle n'est donc pas la même. Le quotidien réel d'un professeur des écoles donne l'ordre de grandeur du travail invisible en France.

Comment lire une comparaison européenne sans se tromper ?

La plupart des erreurs disparaissent quand on vérifie le niveau d'enseignement, l'année de référence, l'indicateur retenu et la définition du métier. Un salaire statutaire brut n'est ni un salaire net perçu, ni un niveau de vie, ni une mesure du pouvoir d'achat.

Le niveau d'enseignement d'abord. Dans plusieurs pays, dont la France, l'Espagne et l'Italie, le salaire de début est plus élevé dans le secondaire que dans le primaire. Comparer un professeur des écoles français à un enseignant du secondaire allemand fausse tout, et c'est l'erreur la plus fréquente dans la presse.

L'année de référence ensuite. Eurydice republie ses chiffres chaque année, et les revalorisations récentes ont sensiblement modifié certaines lignes. Le salaire de début espagnol est passé de 33 905 à 35 030 euros entre 2023-2024 et 2024-2025, le salaire allemand de 57 991 à 59 979 euros. Un chiffre de 2019 ne décrit pas la situation de 2026.

L'indicateur enfin. Le salaire statutaire et le salaire réellement perçu diffèrent, parfois beaucoup, selon la structure d'âge du corps enseignant et le poids des primes. Les comparaisons en standards de pouvoir d'achat corrigent les écarts de coût de la vie et modifient le classement, car un même montant en euros ne paie pas le même logement à Lisbonne, à Helsinki et à Munich. Eurydice publie les deux séries, statutaire et réelle, et l'OCDE publie ses données converties en parités de pouvoir d'achat dans Regards sur l'éducation 2026.

Reste la définition du métier. Le professeur des écoles français est polyvalent de la petite section au CM2, alors que plusieurs systèmes séparent le préprimaire du primaire, avec des grilles et parfois des corps différents. Avant de comparer, il faut donc s'assurer que les chiffres portent sur la même population. Les enseignants français qui souhaitent changer de voie disposent d'ailleurs de dispositifs statutaires de sortie sans équivalent aux Pays-Bas ou en Finlande, où le contrat de travail relève du droit commun.

Depuis l'édition 2026, une précaution s'ajoute pour le temps d'enseignement. Il faut vérifier si le chiffre publié est un temps typique, un minimum ou un maximum réglementaire, car les trois coexistent dans le même tableau de l'OCDE sans que les articles qui le reprennent le signalent.

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