Barre d’admissibilité du CRPE par académie : le chiffre que personne ne publie
Aucune académie ne publie de barre d’admissibilité au CRPE, et ce seuil ne figure dans aucun texte. Ce qui existe, ce sont les 11 861 admissibles pour 18 524 présents de la session 2025, publiés par le ministère en décembre 2025, et un rapport entre admissibles et postes qui va de 0,45 à 2,23 selon l’académie.
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Tu cherches la barre d’admissibilité de ton académie, tu tombes sur des tableaux de chiffres, et aucun ne renvoie vers une source officielle. La raison est simple : cette barre n’est publiée nulle part, parce qu’elle n’est décidée nulle part. Elle se constate après coup, et elle change chaque année.
Ce que le ministère publie, en revanche, est beaucoup plus utile : le nombre de postes, de présents et d’admissibles, académie par académie. En croisant ces trois colonnes, on obtient la vraie mesure de la difficulté à l’entrée des oraux, et elle varie du simple au quadruple selon l’endroit où tu t’inscris.
Qu’est-ce que la barre d’admissibilité du CRPE ?
La barre d’admissibilité du CRPE est le total de points du dernier candidat retenu par le jury à l’issue des écrits, dans une académie et pour une voie de concours données. Elle se constate après la délibération, elle ne se fixe pas avant. Aucun texte ne lui donne de valeur, et aucun candidat ne peut la connaître pendant qu’il compose.
La confusion vient d’un autre chiffre, celui-là bien réel et écrit noir sur blanc : la note éliminatoire. L’arrêté du 17 avril 2025 qui fixe les modalités d’organisation du concours externe et des concours externes spéciaux de recrutement de professeurs des écoles prévoit à son article 5 qu’une « note globale égale ou inférieure à 5 sur 20 à l’une des épreuves écrites d’admissibilité » est éliminatoire. Voilà le seul seuil chiffré opposable. Tout le reste relève d’un classement.
Le même arrêté décrit à l’article 13 ce que fait le jury une fois les copies corrigées : « À l’issue de la correction des épreuves d’admissibilité, le jury établit par ordre alphabétique la liste des candidats admis à subir les épreuves d’admission. » Par ordre alphabétique, donc sans rang affiché, et sans seuil publié. Les copies sont anonymes, doublement corrigées, et l’anonymat n’est levé qu’après la délibération.
Concrètement, tu es admissible si ton total te place dans les N premiers d’une liste, pas si tu franchis une note-cible. Ce N dépend du nombre de postes ouverts dans ton académie, du nombre de candidats qui se sont réellement présentés, et de l’appréciation du jury sur le vivier disponible pour les oraux. Le détail du calcul des coefficients et des seuils éliminatoires est dans la note éliminatoire et le calcul de la note.
Pourquoi aucune académie ne publie sa barre d’admissibilité ?
Parce qu’il n’y a rien à publier. Le jury arrête une liste de noms, pas un seuil. Les rectorats diffusent les résultats nominatifs sur Cyclades, et les rapports de jury donnent des moyennes et des effectifs, jamais une barre d’admissibilité. Les chiffres qui circulent sous ce nom sont des reconstitutions faites par des candidats à partir de leurs propres relevés.
La page « Résultats d’admissibilité du CRPE » de l’académie de Paris en donne l’illustration la plus nette : elle annonce les résultats bac+3 et bac+5, renvoie vers Cyclades, publie les dates et les lieux des oraux, et ne comporte aucune note de coupure.
Les rapports de jury vont plus loin, mais dans une autre direction. Celui de la session 2025 de l’académie de Lille détaille 4 939 inscrits, 2 384 présents et 1 115 admissibles toutes voies confondues, puis publie ce qu’il appelle la moyenne du dernier admis : 11,78 sur 20 au concours externe public, 11,69 au concours externe de l’enseignement privé, 13,03 au troisième concours et 14,44 au second concours interne. C’est une barre, mais une barre d’admission, mesurée après les oraux, sur quatre listes séparées d’une même académie.
Côté écrits, ce même rapport ne parle que d’élimination : « Une note égale ou inférieure à 5 est éliminatoire. » Le rapport de jury de l’académie de Bordeaux fonctionne pareil : il donne 3 971 présents, 1 140 admissibles et 333 admis, signale que 20,7 % des candidats ont eu une note éliminatoire en mathématiques, et n’écrit nulle part de seuil d’admissibilité. Deux académies, deux rédactions, le même vide au même endroit.
Ce que je vois côté jury. En commission, on ne discute pas d’une barre, on regarde une liste de totaux et un nombre de places aux oraux. Le débat porte sur les copies groupées autour du dernier rang utile, jamais sur une note ronde qu’on aurait décidée à l’avance. Un candidat qui me demande « il fallait combien cette année ? » pose une question à laquelle la commission elle-même n’avait pas de réponse avant de délibérer.
Adam, directeur d’école et membre du jury du CRPE
Comment le jury fixe-t-il le nombre d’admissibles ?
Le jury part du nombre de postes ouverts dans son académie et convoque aux oraux un multiple de ce nombre, suffisant pour remplir la liste principale sans étirer les commissions au-delà du raisonnable. Le rang de coupure tombe ensuite mécaniquement : il suffit de descendre le classement jusqu’à ce quota. La note du dernier retenu en est le sous-produit.
Trois variables déplacent ce point de coupure d’une année sur l’autre, et aucune ne dépend de ton niveau personnel.
La première est le nombre de postes. Il est arrêté chaque année par académie et il bouge fortement : la répartition des postes de la session 2026 est publiée par le ministère, et le passage de 8 117 postes au concours externe en 2025 à 11 600 en 2026 a suffi à changer la donne partout.
La deuxième est le nombre de présents, qui n’a rien à voir avec le nombre d’inscrits. En 2025, 43 525 personnes se sont inscrites au concours externe public et 18 524 se sont présentées aux écrits, d’après les données statistiques des CRPE de la session 2025 mises en ligne par le ministère en décembre 2025. Plus de la moitié des inscrits ne composent pas. Une académie qui affiche un ratio d’inscrits impressionnant peut se retrouver avec très peu de copies à classer.
La troisième est la structure du vivier. À nombre de présents égal, un jury qui voit remonter beaucoup de copies sous 5 sur 20 dispose d’une réserve plus courte, et sa coupure descend. C’est exactement ce que décrit le rapport bordelais avec ses 20,7 % de copies éliminées en mathématiques.
Au niveau national, la session 2025 s’est soldée par 11 861 admissibles pour 18 524 présents et 8 117 postes, soit 64,0 % de candidats admissibles et 1,46 admissible par poste. Un concours où presque deux présents sur trois franchissent les écrits n’a pas le profil de sélectivité qu’on lui prête souvent.
Quelle académie a été la plus sélective à l’admissibilité en 2025 ?
Mayotte, avec 112 admissibles pour 564 présents, soit 19,9 % de reçus aux écrits. À l’autre bout, Créteil a déclaré admissibles 87,5 % de ses présents et Paris 87,3 %. Entre les deux, l’écart de difficulté est plus grand qu’entre deux niveaux de copies : il tient à la géographie des postes, pas à l’exigence des correcteurs.
Le tableau ci-dessous reprend les 30 académies et croise les deux seules mesures qui approchent honnêtement l’idée de barre : la part des présents déclarés admissibles, et le nombre d’admissibles par poste ouvert. Plus la première est basse et la seconde élevée, plus le classement a été serré à l’entrée des oraux. Les académies sont classées du plus sélectif au moins sélectif.
| Académie | Postes | Présents | Admissibles | Part des présents admissibles | Admissibles par poste |
|---|---|---|---|---|---|
| Mayotte | 115 | 564 | 112 | 19,9 % | 0,97 |
| Martinique | 19 | 165 | 39 | 23,6 % | 2,05 |
| Guyane | 110 | 167 | 50 | 29,9 % | 0,45 |
| Guadeloupe | 26 | 165 | 50 | 30,3 % | 1,92 |
| La Réunion | 120 | 847 | 268 | 31,6 % | 2,23 |
| Rennes | 137 | 714 | 302 | 42,3 % | 2,20 |
| Montpellier | 274 | 932 | 452 | 48,5 % | 1,65 |
| Bordeaux | 337 | 1 073 | 574 | 53,5 % | 1,70 |
| Limoges | 70 | 233 | 126 | 54,1 % | 1,80 |
| Lille | 448 | 1 642 | 898 | 54,7 % | 2,00 |
| Corse | 20 | 85 | 50 | 58,8 % | 2,50 |
| Nantes | 237 | 698 | 418 | 59,9 % | 1,76 |
| Aix-Marseille | 421 | 988 | 640 | 64,8 % | 1,52 |
| Clermont-Ferrand | 102 | 307 | 205 | 66,8 % | 2,01 |
| Lyon | 362 | 912 | 614 | 67,3 % | 1,70 |
| Poitiers | 136 | 481 | 325 | 67,6 % | 2,39 |
| Normandie | 420 | 973 | 685 | 70,4 % | 1,63 |
| Nice | 320 | 612 | 441 | 72,1 % | 1,38 |
| Nancy-Metz | 316 | 594 | 437 | 73,6 % | 1,38 |
| Amiens | 267 | 464 | 347 | 74,8 % | 1,30 |
| Toulouse | 333 | 984 | 740 | 75,2 % | 2,22 |
| Reims | 136 | 362 | 274 | 75,7 % | 2,01 |
| Dijon | 182 | 325 | 255 | 78,5 % | 1,40 |
| Strasbourg | 190 | 450 | 373 | 82,9 % | 1,96 |
| Versailles | 960 | 795 | 672 | 84,5 % | 0,70 |
| Orléans-Tours | 345 | 598 | 512 | 85,6 % | 1,48 |
| Besançon | 159 | 302 | 259 | 85,8 % | 1,63 |
| Grenoble | 435 | 700 | 605 | 86,4 % | 1,39 |
| Paris | 236 | 370 | 323 | 87,3 % | 1,37 |
| Créteil | 869 | 885 | 774 | 87,5 % | 0,89 |
| France entière | 8 117 | 18 524 | 11 861 | 64,0 % | 1,46 |
Source : devenirenseignant.gouv.fr, données statistiques des CRPE de la session 2025, concours externe public, mise à jour décembre 2025. Pourcentages et ratios calculés par moncrpe.com à partir de ces effectifs.
Deux lectures sortent de ce tableau. Les académies d’outre-mer concentrent la vraie sélectivité aux écrits : Mayotte, la Martinique, la Guyane, la Guadeloupe et La Réunion occupent les cinq premières places, avec des taux d’admissibilité entre 19,9 % et 31,6 %. En métropole, deux académies seulement descendent sous 50 % : Rennes avec 42,3 % et Montpellier avec 48,5 %.
La seconde lecture est moins intuitive. Un taux d’admissibilité bas ne signifie pas toujours un classement serré. La Guyane n’a déclaré admissibles que 29,9 % de ses présents, mais elle avait 110 postes pour 50 admissibles : la coupure y est basse en valeur absolue puisque le jury manquait de candidats, pas de places. La Réunion et la Martinique cumulent les deux : 31,6 % d’admissibles pour 2,23 par poste dans la première, 23,6 % pour 2,05 dans la seconde. Ce sont les deux académies où le classement a été le plus serré à l’entrée des oraux. La Corse affiche bien le ratio le plus élevé de la session, 2,50 admissibles par poste, mais sur 20 postes seulement : à cette échelle, quelques copies déplacent tout. La comparaison poste par poste est développée dans quelle académie a été la plus accessible au CRPE en 2025.
Que se passe-t-il quand il y a moins d’admissibles que de postes ?
La barre disparaît. Quand le nombre de copies au-dessus du seuil éliminatoire est inférieur au nombre de postes, le jury déclare admissible tout ce qui n’est pas éliminé, et la seule note de coupure qui reste est le 5 sur 20 de l’arrêté. C’est arrivé dans plusieurs académies en 2025, dont les deux plus grosses pourvoyeuses de postes du pays.
Versailles a offert 960 postes et n’a eu que 672 admissibles, soit 0,70 admissible par poste. Créteil a offert 869 postes pour 774 admissibles, soit 0,89. La Guyane tombe à 0,45. Dans ces trois académies, un candidat qui composait honorablement était admissible par construction arithmétique, indépendamment du niveau des autres.
La conséquence se lit dans les admis. Versailles a recruté 604 lauréats pour 960 postes, Créteil 638 pour 869, et le concours externe public s’est soldé au niveau national par 7 576 admis sur 8 117 postes. Les postes manquants n’ont pas été perdus faute de bons candidats : ils l’ont été faute de candidats tout court.
La session 2026 a changé l’échelle du problème. Dans son communiqué du 9 juillet 2026 sur les premiers effets de la réforme de la formation initiale, le ministère annonce 11 600 postes offerts au CRPE externe pour 11 428 candidats admis, soit 98,5 % des postes pourvus dans le premier degré, contre 92,1 % un an plus tôt. Le nombre de postes non pourvus passe ainsi de plusieurs centaines à 172.
Cet afflux de candidats est la donnée qui compte pour 2027 : plus il y a de présents par poste, plus le classement redevient discriminant, et plus une coupure réelle réapparaît là où elle n’existait plus. Les taux détaillés voie par voie sont réunis dans le taux de réussite du CRPE par académie et par voie.
La barre d’admissibilité est-elle la même en bac+3 et en bac+5 ?
Non, et pour une raison purement administrative : ce sont deux concours distincts, avec deux listes d’admissibles séparées dans une même académie. Une académie a donc au moins deux coupures la même année, sans compter le concours privé, le second concours interne et le troisième concours, qui ont chacun la leur.
Ce qui les sépare n’est pas le socle du programme. Pour les écrits, le programme de français et de mathématiques des deux concours externes repose sur les attendus du cycle 4 en vigueur ; le concours bac+5 y ajoute des compléments de niveau lycée, et son épreuve d’application porte sur les cycles 3 et 4. Ce sont le format des épreuves, leur nombre, les coefficients, les seuils et le calendrier qui diffèrent. Le ministère décrit deux épreuves écrites d’admissibilité et deux épreuves orales pour le bac+3, contre trois épreuves écrites, deux orales et une orale facultative pour le bac+5, sur sa page Enseigner de la maternelle à l’élémentaire : le CRPE, mise à jour en juillet 2026.
Deux formats d’épreuves, deux barèmes, deux populations de candidats : comparer la coupure de l’un à celle de l’autre n’a aucun sens, même à académie identique. Un total de 24 sur 40 ne se compare pas à un total sur trois épreuves affectées de coefficients différents.
Le rapport de force entre les deux voies bouge d’ailleurs vite. Sur les nouveaux concours externes bac+3, le ministère comptabilise 146 postes non pourvus sur 5 000 postes ouverts en 2026. Le concours bac+5 reste ouvert pour les sessions 2026 et 2027, comme on l’a couvert dans le CRPE bac+5 existe-t-il toujours en 2027.
Comment utiliser ces chiffres avant les écrits ?
En cessant de viser une note et en visant un rang. Un candidat qui se fixe « 12 de moyenne parce que la barre était à 12 » travaille sur une donnée périmée et non officielle. Les trois repères utiles sont le seuil éliminatoire de 5 sur 20, le nombre de postes de ton académie, et le nombre de présents par poste de la session précédente.
Trois réflexes en découlent.
Le premier concerne l’élimination. Une note à 5 ou en dessous à une seule épreuve écrite met fin au concours, quel que soit le total. Sécuriser la matière la plus fragile rapporte donc davantage que d’optimiser la matière déjà solide, et c’est l’inverse de ce que fait la plupart des plannings de révision.
Le deuxième concerne le choix d’académie. Les chiffres 2025 montrent qu’il pèse plus lourd que quelques points de moyenne : 19,9 % d’admissibles à Mayotte contre 87,5 % à Créteil, pour le même concours et le même programme. Ce choix se fait au moment de l’inscription, à l’automne.
Le troisième concerne les rapports de jury. Ils ne donnent pas de barre, mais ils donnent les moyennes par épreuve, les erreurs récurrentes et le nombre de copies éliminées, ce qui est autrement plus exploitable. La méthode pour les lire est détaillée dans comment se servir d’un rapport de jury.
Sur moncrpe.com, ton programme de révision est construit à partir de tes résultats par matière, pour repérer d’abord les épreuves où tu risques une note éliminatoire, et non pour te faire courir après une moyenne cible qui n’existe dans aucun texte.
Une dernière précision de calendrier : les dates de la session 2027 ne sont pas publiées. La page officielle du calendrier des CRPE de la session 2027, mise à jour en juillet 2026, indique des inscriptions à l’automne 2026 et un calendrier d’épreuves communiqué à l’automne 2026, sans date arrêtée. Tout calendrier 2027 précis qui circule aujourd’hui est une projection.
Questions fréquentes
Travaille ton rang, pas une barre imaginaire
moncrpe.com repère les épreuves où tu risques une note éliminatoire et concentre tes révisions dessus, à partir de tes résultats réels par matière.