Épuisement professionnel des enseignants, ce que disent les données officielles

Selon le baromètre du bien-être de la DEPP, les professeurs des écoles hors remplaçants évaluent leur sentiment d'épuisement à 7,2 sur 10, au-dessus de la moyenne des personnels de l'Éducation nationale. Cette enquête mesure un ressenti et ne permet pas de compter des cas de burn-out, mais elle montre où le métier use et quelles aides existent.

Par Membre du jury et correcteur du CRPE

On entend partout que le métier fatigue, sans que la phrase dise quoi que ce soit de précis. Depuis 2022, le ministère mène pourtant une enquête à grande échelle sur la charge de travail, l'équilibre de vie et la fatigue professionnelle de ses personnels.

Ces données méritent d'être connues avant de s'engager, et lues avec leurs limites. Aucune source institutionnelle ne permet aujourd'hui d'affirmer que telle proportion des professeurs des écoles français est « en burn-out ». Les enquêtes montrent en revanche où se situent les difficultés, ce qui protège et quels dispositifs existent quand ça va mal, sujet de la dernière partie de l'article.

De quoi parle-t-on avec l'épuisement professionnel ?

L'épuisement professionnel désigne un état d'usure physique, émotionnelle et mentale, installé par une exposition prolongée à des situations de travail exigeantes. Aucun texte de la fonction publique ne crée pour autant de « congé pour burn-out », et une situation d'épuisement s'évalue médicalement, au cas par cas.

Trois notions se confondent souvent. L'exposition professionnelle désigne des caractéristiques du travail, comme l'intensité ou les exigences émotionnelles. Le symptôme correspond à ce que la personne ressent, fatigue persistante, irritabilité, perte d'élan. Le diagnostic relève d'un médecin, qui écarte ou identifie d'autres causes possibles.

Cette distinction explique pourquoi une enquête qui relève une note élevée de « sentiment d'épuisement » ne compte pas des malades, et pourquoi personne ne peut tirer d'un chiffre collectif un pronostic individuel.

Que mesure le baromètre du bien-être au travail ?

Les personnels de l'Éducation nationale notent leur satisfaction professionnelle 5,9 sur 10, contre 7,1 pour l'ensemble des Français en emploi. Ils évaluent à 7,4 sur 10 le sentiment que leur charge de travail est trop importante, et à 6,8 sur 10 le sentiment d'épuisement lié à leur expérience professionnelle actuelle.

Ces chiffres viennent de la deuxième édition du baromètre du bien-être au travail, menée au printemps 2023 par la DEPP auprès de 71 000 personnels et publiée dans la note d'information n° 24.03. Le dispositif a été conçu avec l'Observatoire du bien-être du Cepremap et le Conseil scientifique de l'Éducation nationale. Certaines questions reprennent celles d'enquêtes en population générale, ce qui permet la comparaison.

Le tableau d'ensemble est contrasté, ce qui le rend crédible. Les notes les plus basses concernent la reconnaissance sociale du métier (2,5 sur 10), les perspectives de carrière (2,9) et le niveau de rémunération (3,3). Les plus hautes portent sur le sentiment de sécurité dans l'établissement (7,9), le soutien des collègues (7,7) et le sentiment d'être respecté par les élèves (7,3). Le soutien de la hiérarchie se situe entre les deux, à 5,7.

La satisfaction sur l'équilibre entre temps personnel et temps de travail est par ailleurs tombée à 5,3 sur 10 au printemps 2023, contre 5,7 un an plus tôt, alors que les Français en emploi se situaient à 6,0. La moitié des personnels déclarent aussi ne pas se sentir capables de faire le même travail jusqu'à la retraite.

Ce que le baromètre dit des professeurs des écoles

Les enseignants du premier degré hors remplaçants notent leur satisfaction professionnelle 6,1 sur 10, un peu au-dessus de la moyenne des personnels. Ils déclarent pourtant une charge de travail plus lourde que la moyenne, 7,8 contre 7,4, et un sentiment d'épuisement plus marqué, 7,2 contre 6,8.

Les remplaçants se distinguent nettement. Dans le premier degré, ils notent leur satisfaction 5,6 sur 10, la note la plus basse de toutes les catégories relevées, et évaluent à 4,2 sur 10 le sentiment d'avoir le soutien de leur hiérarchie en cas de problème, soit 1,5 point sous la moyenne générale. Si ton entrée dans le métier passe par une brigade ou une zone de remplacement, lis avec attention le guide sur les postes de TRS, ZIL et brigade.

Autre donnée à connaître avant de choisir ce métier, 58 % des enseignants du premier degré déclarent ne pas se sentir capables d'exercer le même travail jusqu'à la retraite. L'enquête Conditions de travail de la DARES trouvait 37 % chez l'ensemble des salariés français, avec des proportions supérieures à la moitié dans plusieurs métiers d'accueil et de prise en charge du public.

L'insatisfaction se traduit enfin dans les demandes de mobilité. La note d'information n° 25.56 d'octobre 2025 relève que 15 % des enseignants du premier degré demandent un changement d'affectation, et que les conditions de travail sont le premier motif invoqué, cité par 48 % d'entre eux. Le fonctionnement des mutations est détaillé dans l'article sur le mouvement départemental.

Ce que ces chiffres ne permettent pas de dire

Un baromètre déclaratif recueille des perceptions à un instant donné. Une note de 6,8 sur 10 pour le « sentiment d'épuisement » n'équivaut ni à 68 % de personnels épuisés ni, encore moins, à un taux de burn-out. Il s'agit d'une moyenne de notes sur une échelle de 0 à 10.

La participation est volontaire, ce qui peut jouer dans les deux sens, car les personnes les plus en difficulté peuvent répondre davantage, ou au contraire ne pas répondre du tout. Le champ retenu exclut par ailleurs les assistants d'éducation et traite séparément les AESH, interrogés pour la première fois en 2023. Ces derniers notent leur satisfaction professionnelle 7,1 sur 10, au-dessus des autres personnels, mais leur rémunération 2,1 sur 10, nettement en dessous. Leur métier est présenté dans l'article sur l'école inclusive et les AESH.

Les chiffres d'absentéisme ne comblent pas ce manque. Le panorama statistique des personnels 2025-2026, publié en avril 2026, indique que 40 % des agents ont eu au moins un congé de maladie ordinaire en 2024-2025, contre 37 % en 2018-2019 et 46 % au pic de 2021-2022. Le motif des arrêts maladie n'est pas renseigné dans ces statistiques, si bien qu'on ne peut pas en déduire une part liée à l'épuisement.

Méfie-toi donc des pourcentages ronds qui circulent sur ce sujet. Quand une source annonce que « X % des enseignants sont en burn-out », regarde la population interrogée, l'année, l'instrument de mesure et la définition retenue. Ces quatre paramètres suffisent à expliquer des écarts du simple au double entre deux études.

Les facteurs que les enquêtes identifient

La DEPP a cherché ce qui distingue les personnels les plus satisfaits des moins satisfaits. Quatre facteurs ressortent, l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle, le sens donné au travail, le respect et la confiance ressentis, et la qualité de la relation avec la hiérarchie.

Les priorités d'amélioration citées par les personnels vont dans le même sens. Le pouvoir d'achat arrive en tête, désigné par 58 % d'entre eux parmi treize domaines proposés, suivi de la charge de travail, citée par 49 %. Chez les personnels les moins satisfaits, qui notent leur satisfaction entre 0 et 3 sur 10, ces deux réponses montent respectivement à 64 % et 53 %.

L'ancienneté joue aussi. L'aménagement de fin de carrière est une priorité pour 35 % des personnels dans l'ensemble, mais pour plus de 60 % de ceux qui exercent depuis au moins vingt-cinq ans. Le besoin d'aménager son emploi du temps à l'approche de la retraite est évalué à 8,7 sur 10, la note la plus haute de toute l'enquête.

La formation professionnelle continue est surtout citée comme axe d'amélioration par les personnels déjà les plus satisfaits, 23 % contre 18 % dans l'ensemble. La DEPP en conclut que la formation profite d'abord à ceux qui vont bien, ce qui interroge son rôle dans la prévention.

Quand faut-il consulter ?

Une fatigue qui ne passe plus au bout des vacances, des troubles du sommeil installés, une irritabilité inhabituelle ou une perte d'élan pour des tâches autrefois simples peuvent avoir de nombreuses causes, professionnelles ou non. Aucun questionnaire en ligne ni aucun article, celui-ci compris, ne remplace un avis médical.

Ce qui compte, c'est la durée et le retentissement. Si les difficultés durent plusieurs semaines, s'aggravent ou t'empêchent de fonctionner normalement au travail comme en dehors, prends rendez-vous avec ton médecin traitant. Lui seul peut poser un diagnostic, prescrire un arrêt ou t'orienter vers un spécialiste, car le médecin de prévention ne prescrit pas de soins et n'établit pas d'arrêt de travail.

En cas d'urgence psychique ou d'idées suicidaires, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24 et 7 j/7. En cas de danger immédiat, appelle le 15 ou le 112.

Ce que l'employeur public doit faire

La prévention ne repose pas seulement sur les stratégies personnelles de l'agent. Le décret n° 82-453 impose à chaque administration de disposer d'un service de médecine de prévention animé par un médecin du travail et une équipe pluridisciplinaire, qui comprend notamment des infirmiers, des ergonomes et des psychologues du travail.

Le même texte prévoit l'ouverture d'un registre de santé et de sécurité au travail dans chaque service. Tout agent peut y consigner ses observations sur les risques professionnels et les améliorations possibles des conditions de travail. Cet outil est sous-utilisé, alors que la trace écrite permet à une situation collective d'exister administrativement.

Il ne faut pas confondre ce registre avec la procédure de danger grave et imminent, qui obéit à des règles distinctes et utilise un registre spécifique. En cas de doute, l'assistant ou le conseiller de prévention de la circonscription indique le bon canal.

Le médecin du travail peut enfin formuler des avis et des propositions au moment de l'affectation sur un poste, au regard des particularités de ce poste et de l'état de santé de l'agent. La plupart des aménagements décrits ci-dessous passent par lui.

Quels dispositifs d'accompagnement existent ?

Cinq dispositifs peuvent être sollicités, du plus léger au plus lourd. Il s'agit de la médecine de prévention, des espaces d'écoute du réseau PAS, de l'aménagement du poste ou de l'allègement de service, de l'affectation sur poste adapté et du congé de longue maladie. Chacun a sa procédure et son calendrier.

Dispositifs d'aide et de prévention accessibles à un enseignant en difficulté
DispositifCe qu'il permetComment y accéderCadre
Médecine de préventionVisite avec un médecin du travail, propositions d'aménagement du poste, orientation vers l'équipe pluridisciplinaire (infirmier, psychologue du travail, ergonome)Visite d'information au moins tous les cinq ans, et à tout moment sur demande de l'agent, sans passer par la hiérarchieDécret n° 82-453 modifié, décret n° 2020-647
Réseau PAS et ligne d'écouteAccueil, écoute et accompagnement confidentiels, consultations psychologiques selon les académiesContact direct auprès de l'espace d'accueil et d'écoute de l'académie ; ligne nationale anonyme au 0 805 500 005, 24 h/24Dispositif ministériel de soutien aux personnels
Aménagement du poste et allègement de serviceAdaptation des horaires ou réduction du service, dans la limite d'un tiers des obligations réglementairesDemande de l'agent auprès du recteur, par délégation le directeur académique dans le premier degré, avec avis médical et avis hiérarchiqueArticles R911-12 et suivants du code de l'éducation
Poste adapté (Pacd, Pald)Affectation temporaire sur d'autres fonctions pour récupérer ou se réorienter, avec service allégé jusqu'à la moitié des obligationsDemande accompagnée d'un projet professionnel, avis médical exigé pour l'octroi et le renouvellementCourte durée : 1 à 3 ans renouvelables ; longue durée : 4 ans renouvelables
Congé de longue maladieArrêt de longue durée pour une pathologie invalidante nécessitant des soins prolongésDemande transmise à l'administration, examen par le conseil médical sur la base d'un certificat du médecin traitantTrois ans maximum : plein traitement la première année, puis 60 % dans la fonction publique d'État

Sources : code de l'éducation, articles R911-12 à R911-30, service-public.gouv.fr sur le congé de longue maladie, portail de la fonction publique sur la médecine de prévention et education.gouv.fr. Les modalités pratiques, calendriers de campagne et coordonnées varient d'une académie à l'autre : vérifie la page « ressources humaines » de la tienne.

Tu peux t'adresser directement à la médecine de prévention, sans demander l'autorisation de ton inspecteur, et l'échange est couvert par le secret médical. L'allègement de service et le poste adapté fonctionnent en revanche par campagnes annuelles, avec des dates de dépôt fixées par chaque académie, souvent à l'automne ou au début de l'hiver pour la rentrée suivante. Une demande hors délai attend un an. Le congé de longue maladie peut quant à lui être utilisé de façon continue ou fractionnée, par périodes de trois à six mois.

L'académie dispose aussi d'un service social des personnels et d'une cellule de ressources humaines de proximité, qui traitent les difficultés matérielles, les questions de carrière et les situations de conflit. Le ministère a également mis en place avec la MGEN une offre de soins en santé mentale et des téléconsultations dans plusieurs académies, décrites sur la page ministérielle consacrée à la santé des personnels. Les organisations syndicales accompagnent par ailleurs les agents dans ces dossiers, et leur rôle réel est présenté dans le guide sur la grève et les syndicats du premier degré.

Une précaution ne coûte rien et peut se prendre dès maintenant. Note les coordonnées du service de médecine de prévention, du service social et de l'espace d'écoute de ton académie, ainsi que le 0 805 500 005. Ces informations sont bien plus difficiles à trouver le jour où on en a besoin.

🫂

Savoir où frapper avant d'en avoir besoin fait partie du métier, au même titre que la préparation des séances. Sur moncrpe.com, on t'aide à te repérer dans le concours, et la vie professionnelle mérite le même soin.

Se préparer avec lucidité

Connaître ces réalités n'a rien de décourageant et permet d'entrer dans le métier avec des attentes justes. Sur moncrpe.com, cours, quiz et suivi de progression t'accompagnent dans la préparation du CRPE.

Compte gratuit, sans carte bancaire.