AESH et école inclusive, ce qui change pour l'enseignant
Le nombre d'élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire a triplé depuis 2006, et l'aide humaine progresse encore plus vite. Environ 140 000 AESH exercent aujourd'hui, selon le rapport du Sénat sur le projet de loi de finances 2026.
Un professeur des écoles débutant a de fortes chances d'accueillir dans sa classe au moins un élève bénéficiant d'une notification d'aide humaine. Dans le premier degré, deux tiers des élèves en situation de handicap sont accompagnés par un AESH, et cette proportion augmente chaque année depuis 2013.
Ce sujet n'est pas au programme du concours, mais il fait partie du quotidien dès la première année d'exercice, qu'il s'agisse de préparer les séances, d'organiser le binôme, de participer à l'équipe de suivi ou de gérer une notification qui n'a pas encore de solution effective.
Qu'est-ce qu'un AESH ?
Un AESH, accompagnant d'élève en situation de handicap, est un agent contractuel de droit public recruté par l'Éducation nationale pour apporter une aide humaine à un ou plusieurs élèves dont la commission des droits et de l'autonomie a reconnu le besoin. Sa mission consiste à développer l'autonomie de l'élève, et non à faire à sa place.
Le sigle a remplacé celui d'AVS en 2014, lorsque la loi de finances pour 2014 a introduit l'article L. 917-1 du code de l'éducation et donné à ces personnels un statut propre. Le recrutement suppose un diplôme professionnel dans l'aide à la personne, ou neuf mois d'expérience auprès de personnes en situation de handicap, ou un titre de niveau 4. Les agents qui n'ont pas la qualification correspondante suivent une formation d'adaptation à l'emploi d'au moins soixante heures sur leur temps de travail, prévue par le décret du 27 juin 2014.
Depuis la rentrée 2023, le contrat à durée indéterminée s'ouvre au terme de trois ans de CDD, contre six ans auparavant. Le temps incomplet reste la norme. Dans son étude sur les conditions d'exercice des AESH, la DEPP relève une quotité moyenne d'environ 63 % d'un temps plein, environ 60 % d'agents en CDI et un salaire net mensuel moyen de 1 030 euros sur l'année 2023. Si un AESH quitte l'école à 11 h 30 ou n'assure pas la pause méridienne, c'est que sa quotité est fixée par contrat et ne se négocie pas dans la classe.
Que dit la loi sur l'école inclusive ?
La loi du 11 février 2005 pose un principe simple. Tout enfant en situation de handicap est inscrit dans l'école la plus proche de son domicile, qui devient son établissement de référence. L'article L112-1 du code de l'éducation l'énonce, complété par la loi du 8 juillet 2013 puis par celle du 26 juillet 2019.
Tout passe ensuite par la maison départementale des personnes handicapées. L'équipe pluridisciplinaire de la MDPH évalue les besoins et élabore le projet personnalisé de scolarisation, puis la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, la CDAPH, décide. Elle seule notifie une aide humaine, son caractère individuel ou mutualisé, les aménagements et le matériel pédagogique adapté. Ni le directeur, ni l'enseignant, ni l'AESH ne peuvent modifier une notification. Le chapitre correspondant est consultable sur Légifrance, et les nombreux sigles du domaine sont expliqués dans le glossaire des sigles de l'Éducation nationale.
L'équipe de suivi de la scolarisation réunit ensuite les parents, l'enseignant, l'enseignant référent, l'AESH et les professionnels concernés pour vérifier que le projet fonctionne et proposer des ajustements. C'est dans ce cadre, et non au détour d'un couloir, que l'on signale ce qui ne va pas.
Le même code prévoit des aménagements aux examens et concours pour les candidats en situation de handicap. Ils sont détaillés, avec les délais de demande, dans le guide sur les aménagements du CRPE.
Combien d'AESH et combien d'élèves accompagnés ?
Le ministère recense environ 140 000 AESH, soit près de 88 000 équivalents temps plein. Du côté des élèves, 248 500 étaient accompagnés en 2022, dernière année consolidée par la DEPP, dont 149 500 dans le premier degré. Le ratio moyen retenu par la DGESCO est de 5,15 élèves accompagnés par équivalent temps plein.
%| Indicateur | 2013 | 2020 | 2022 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| AESH, personnes physiques | n.d. | 115 000 | n.d. | 134 775 | 139 993 |
| AESH, équivalents temps plein | n.d. | 69 564 | n.d. | n.d. | ≈ 88 000 |
| Élèves accompagnés par un AESH, tous degrés | n.d. | n.d. | 248 500 | n.d. | n.d. |
| dont premier degré | n.d. | n.d. | 149 500 | n.d. | n.d. |
| Part des élèves en situation de handicap accompagnés, premier degré | 49,3 % | n.d. | 67,2 % | n.d. | n.d. |
| Élèves accompagnés par équivalent temps plein d'AESH | n.d. | n.d. | n.d. | n.d. | 5,15 en moyenne |
Sources : DEPP, Note d'information n° 25.63, novembre 2025 pour les élèves accompagnés et les parts d'accompagnement ; rapport IGÉSR-IGAS de janvier 2026 pour les effectifs 2020 et 2024 et le ratio DGESCO ; rapport du Sénat sur le PLF 2026 pour l'effectif 2025. Les séries n'ont pas le même millésime : 2022 est la dernière année consolidée pour les élèves accompagnés, 2024 la dernière année observée pour les effectifs d'AESH en personnes physiques. Le chiffre 2025 d'équivalents temps plein est une estimation du rapport IGÉSR.
Ces chiffres s'éclairent quand on les rapporte au nombre total d'élèves en situation de handicap. Celui-ci est passé de 232 400 en 2006 à 563 400 en 2024, soit de 1,9 % à 4,7 % des élèves. En milieu ordinaire, l'effectif a été multiplié par 3,2 sur la période. Le premier degré a progressé moins vite que le second degré, où le second cycle professionnel affiche une multiplication par 11,4.
L'aide humaine progresse plus vite encore que le nombre d'élèves concernés. Dans le premier degré, la part des élèves en situation de handicap accompagnés par un AESH est passée de 49,3 % en 2013 à 67,2 % en 2022, et dans le second degré de 25,9 % à 46,4 %. L'accompagnement humain est ainsi devenu la réponse par défaut, ce que plusieurs rapports officiels interrogent.
Un élève notifié n'est pas pour autant un élève accompagné. La notification ouvre un droit, alors que l'accompagnement effectif dépend des moyens disponibles dans le département. L'écart entre les deux est traité plus bas.
Aide individuelle, mutualisée ou collective, quelles différences ?
L'aide individuelle est notifiée quand l'élève a besoin d'une attention soutenue et continue, et la CDAPH fixe alors une quotité horaire. L'aide mutualisée s'adresse à plusieurs élèves nommément désignés, aux besoins moins soutenus. La répartition de ses heures relève de l'Éducation nationale, et non de la MDPH.
La distinction a des effets très concrets. Au 31 mars 2025, la DGESCO relevait un ratio de 2,5 élèves par équivalent temps plein en aide individuelle, contre 6,5 en aide mutualisée, avec des écarts de 4 à 13 selon les académies. La mutualisation est en outre devenue majoritaire. Parmi les élèves accompagnés du premier degré, la part d'aide mutualisée est passée de 22 % en 2013 à 64 % en 2022, et dans le second degré de 31 % à 80 %.
L'accompagnement collectif constitue un troisième format, au sein d'un dispositif ULIS. Il est assuré par un AESH collectif rattaché au dispositif plutôt qu'à un élève. Le ministère comptait 11 416 ULIS en 2025, dont 5 567 dans le premier degré, et le rapport IGÉSR relève un peu plus de 7 200 équivalents temps plein d'AESH collectifs au 31 mars 2025.
L'aide mutualisée reste un droit individuel attribué à chaque élève désigné, même quand son organisation ressemble à un service partagé. Elle ne constitue pas une aide de classe mise à la disposition de l'enseignant.
Comment l'AESH travaille-t-il avec l'enseignant ?
L'AESH intervient sous la responsabilité pédagogique de l'enseignant, qui reste le référent des apprentissages pour toute la classe. Concevoir les situations, adapter les supports et évaluer les acquis restent ton travail. L'AESH apporte l'aide prévue pour l'accès à l'activité, la communication, les déplacements ou les gestes de la vie quotidienne.
La coordination se prépare avant la séance. Trois minutes d'échange en amont valent mieux qu'une reprise à voix basse devant l'élève. Elles servent à préciser sur quoi l'aide est attendue, à quel moment elle doit s'effacer pour laisser l'élève essayer seul, et quel signal indique qu'il faut intervenir. Sans cette mise au point, le binôme produit soit du sur-accompagnement, soit de l'attente.
Deux erreurs reviennent souvent chez les débutants. On confie à l'AESH la conception des adaptations pédagogiques, qui ne relève pas de sa mission. Ou bien on l'installe en permanence à côté de l'élève, alors que le projet vise justement son autonomie. Le rapport IGÉSR note d'ailleurs que les AESH mutualisés décrivent un émiettement de leur intervention, parfois une heure ici, une heure ailleurs, qui leur fait perdre le sens de leur travail.
Le partage d'informations obéit enfin à une règle. Ce qui relève du dossier médical ou du secret professionnel n'a pas à circuler en salle des maîtres, et l'équipe de suivi de la scolarisation est prévue pour ces échanges. Cette organisation croise d'autres réalités du terrain, à commencer par la gestion d'une classe à plusieurs niveaux, où l'aide humaine modifie nettement la façon de découper une séance.
Des PIAL aux pôles d'appui à la scolarité, ce qui change
Un pôle d'appui à la scolarité, ou PAS, est une structure départementale qui apporte une réponse de premier niveau aux besoins éducatifs particuliers, sans attendre une notification de la CDAPH. Il remplace progressivement le pôle inclusif d'accompagnement localisé, le PIAL, créé en 2019 pour gérer l'affectation des AESH.
La circulaire du 1er septembre 2025 en fixe le cadre. Chaque pôle repose sur une équipe permanente, composée d'un professionnel de l'éducation coordonnateur, déchargé d'enseignement, et d'un éducateur spécialisé à temps plein, sous l'autorité du directeur académique. Des équipes mobiles d'appui médico-social viennent en renfort sur plusieurs pôles, en lien avec les agences régionales de santé.
Pour un enseignant, la différence la plus visible tient à la porte d'entrée. Avec un PIAL, il fallait une notification pour déclencher quoi que ce soit. Avec un PAS, l'école peut solliciter directement un appui, y compris pour un élève sans dossier MDPH, ce qui raccourcit les délais. Le PAS ne remplace pas la MDPH pour autant, et les familles gardent un accès direct à la reconnaissance du handicap et aux droits qui en découlent.
Le déploiement a démarré à l'automne 2024 dans quatre départements préfigurateurs, l'Aisne, la Côte-d'Or, l'Eure-et-Loir et le Var. Près de 500 pôles étaient installés à la rentrée 2025 et environ 1 000 supplémentaires sont prévus pour 2026, d'après le rapport sénatorial sur le projet de loi de finances. La généralisation est annoncée à l'horizon 2027.
Pourquoi le système reste-t-il sous tension ?
Le blocage est d'abord arithmétique. Les notifications d'aide humaine progressent d'environ 14 % par an, alors que la loi de programmation des finances publiques 2023-2027 réduit les créations de postes, avec 4 000 emplois en 2023, 3 000 en 2024, 2 000 en 2025 et 1 000 prévus en 2026. Le rapport IGÉSR-IGAS de janvier 2026 en conclut que, chaque année, 8 à 10 % des élèves notifiés ne bénéficient pas de l'accompagnement prévu.
À la rentrée 2025, le ministre a confirmé devant une commission d'enquête parlementaire que 50 000 élèves restaient sans AESH malgré une notification, un chiffre redescendu à 42 000 à la veille des vacances d'automne. Le même cycle se répète chaque année, avec un pic à la rentrée, une résorption progressive, puis une nouvelle dégradation l'année suivante.
Les écarts territoriaux sont importants. La part nationale d'élèves en attente tourne autour de 9 %, mais elle atteignait 18,9 % dans l'académie de Créteil. Certaines académies, paradoxalement, ne consomment pas toute leur dotation faute de candidats. Ainsi, 1 700 emplois d'AESH sont restés non pourvus fin 2024 et ont été retirés définitivement de la dotation ministérielle.
Sur le plan budgétaire, l'accompagnement du handicap représentait 4,659 milliards d'euros en 2024, dont 3 milliards pour la seule rémunération des AESH. Le projet de loi de finances 2026 porte l'enveloppe de l'école inclusive à 4,74 milliards, en hausse de 25 % par rapport à 2022. L'effort financier existe et progresse, mais les recrutements ne suivent pas le rythme des notifications.
Cette tension se répercute sur les conditions de travail des enseignants concernés. Le sujet est développé dans le point sur l'épuisement professionnel des enseignants, avec ce que les enquêtes officielles permettent réellement d'affirmer.
Ce qui se prépare pour les prochaines rentrées
Le rapport IGÉSR-IGAS de janvier 2026 formule vingt et une recommandations. Les principales portent sur la création de 3 000 postes de conseillers dédiés à l'accessibilité, intégrés au mouvement des personnels pour la rentrée 2026, et sur au moins 8 000 équivalents temps plein d'assistants d'accessibilité, dont 7 200 issus des AESH collectifs. S'y ajoutent une revalorisation ciblée passant par une accélération des rythmes d'avancement, et un recentrage des missions des AESH sur l'accompagnement de la vie quotidienne et sociale plutôt que sur le pédagogique.
Il s'agit de recommandations adressées au ministère, qui n'ouvrent aucun droit tant qu'un texte réglementaire ne les traduit pas. Les organisations syndicales portent aussi leurs propres revendications sur ce dossier, et l'article sur le droit de grève et le paysage syndical montre comment ces sujets remontent.
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Le concours d'abord, l'école inclusive ensuite
L'entretien d'admission aborde régulièrement l'inclusion, et les notions de cet article y reviennent. Sur moncrpe.com, les fiches « école inclusive » sont intégrées au plan de révision, à côté du français et des mathématiques.
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