AESH et école inclusive : ce qui change pour l'enseignant

Le nombre d'élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire a triplé depuis 2006, et l'aide humaine suit un rythme encore plus rapide. Voici ce que dit la loi, ce que montrent les chiffres officiels, et comment le binôme enseignant-AESH fonctionne réellement en classe.

Adam, membre du jury et correcteur du CRPE
Par Membre du jury et correcteur du CRPE

Tu prendras probablement une classe avec au moins un élève bénéficiant d'une notification d'aide humaine. Dans le premier degré, deux tiers des élèves en situation de handicap sont accompagnés par un AESH, et la proportion monte chaque année depuis 2013.

Ce sujet n'est pas au programme du concours. Il occupe pourtant une place quotidienne dès la première année d'exercice : préparation des séances, articulation du binôme, équipe de suivi, gestion d'une notification qui n'a pas encore de solution effective.

Voici les repères qui servent vraiment : le cadre juridique, les chiffres officiels et leurs limites, la répartition des rôles, et ce que change le déploiement des pôles d'appui à la scolarité.

Qu'est-ce qu'un AESH ?

Un AESH, accompagnant d'élève en situation de handicap, est un agent contractuel de droit public recruté par l'Éducation nationale pour apporter une aide humaine à un ou plusieurs élèves dont la commission des droits et de l'autonomie a reconnu le besoin. Sa mission est de développer l'autonomie de l'élève, pas de faire à sa place.

Le sigle a remplacé celui d'AVS en 2014, lorsque la loi de finances pour 2014 a introduit l'article L. 917-1 du code de l'éducation et donné à ces personnels un statut propre. Le recrutement suppose un diplôme professionnel dans l'aide à la personne, ou neuf mois d'expérience auprès de personnes en situation de handicap, ou un titre de niveau 4. Les agents qui n'ont pas la qualification correspondante suivent une formation d'adaptation à l'emploi d'au moins soixante heures sur leur temps de travail, prévue par le décret du 27 juin 2014.

Depuis la rentrée 2023, le contrat à durée indéterminée s'ouvre au terme de trois ans de CDD, contre six ans auparavant. Le métier reste marqué par le temps incomplet : la DEPP relève une quotité moyenne d'environ 63 % d'un temps plein, environ 60 % d'agents en CDI et un salaire net mensuel moyen de 1 030 euros sur l'année 2023, dans son étude sur les conditions d'exercice des AESH. C'est une donnée à connaître avant de s'étonner qu'un AESH quitte l'école à 11 h 30 ou n'assure pas la pause méridienne : sa quotité est contractuelle, elle ne se négocie pas dans la classe.

Que dit la loi sur l'école inclusive ?

La loi du 11 février 2005 pose un principe simple : tout enfant en situation de handicap est inscrit dans l'école la plus proche de son domicile, qui devient son établissement de référence. L'article L112-1 du code de l'éducation l'énonce, complété par la loi du 8 juillet 2013 puis par celle du 26 juillet 2019.

À partir de là, tout passe par la maison départementale des personnes handicapées. L'équipe pluridisciplinaire de la MDPH évalue les besoins et élabore le projet personnalisé de scolarisation ; la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, la CDAPH, décide. C'est elle, et elle seule, qui notifie une aide humaine, son caractère individuel ou mutualisé, les aménagements et le matériel pédagogique adapté. Ni le directeur, ni l'enseignant, ni l'AESH ne modifient une notification. Le détail du chapitre est consultable sur Légifrance.

L'équipe de suivi de la scolarisation réunit ensuite les parents, l'enseignant, l'enseignant référent, l'AESH et les professionnels concernés pour vérifier que le projet fonctionne et proposer des ajustements. C'est le lieu où l'on dit ce qui ne va pas, pas le couloir un mardi matin.

Le même code prévoit par ailleurs des aménagements aux examens et concours pour les candidats en situation de handicap : le sujet est traité en détail dans le guide sur les aménagements du CRPE, avec les délais de demande.

Combien d'AESH et combien d'élèves accompagnés ?

Le ministère recense environ 140 000 AESH, soit près de 88 000 équivalents temps plein. Du côté des élèves, 248 500 étaient accompagnés en 2022, dernière année consolidée par la DEPP, dont 149 500 dans le premier degré. Le ratio moyen retenu par la DGESCO est de 5,15 élèves accompagnés par équivalent temps plein.

Effectifs d'AESH et élèves accompagnés, séries officielles disponibles
Indicateur20132020202220242025
AESH, personnes physiquesn.d.115 000n.d.134 775139 993
AESH, équivalents temps pleinn.d.69 564n.d.n.d.≈ 88 000
Élèves accompagnés par un AESH, tous degrésn.d.n.d.248 500n.d.n.d.
dont premier degrén.d.n.d.149 500n.d.n.d.
Part des élèves en situation de handicap accompagnés, premier degré49,3 %n.d.67,2 %n.d.n.d.
Élèves accompagnés par équivalent temps plein d'AESHn.d.n.d.n.d.n.d.5,15 en moyenne

Sources : DEPP, Note d'information n° 25.63, novembre 2025 pour les élèves accompagnés et les parts d'accompagnement ; rapport IGÉSR-IGAS de janvier 2026 pour les effectifs 2020 et 2024 et le ratio DGESCO ; rapport du Sénat sur le PLF 2026 pour l'effectif 2025. Les séries n'ont pas le même millésime : 2022 est la dernière année consolidée pour les élèves accompagnés, 2024 la dernière année observée pour les effectifs d'AESH en personnes physiques. Le chiffre 2025 d'équivalents temps plein est une estimation du rapport IGÉSR.

Ces chiffres se lisent mieux avec un troisième repère : le nombre total d'élèves en situation de handicap. Il est passé de 232 400 en 2006 à 563 400 en 2024, soit de 1,9 % à 4,7 % des élèves. En milieu ordinaire, l'effectif a été multiplié par 3,2 sur la période. Le premier degré a connu une progression plus lente que le second degré, où le second cycle professionnel affiche une multiplication par 11,4.

L'aide humaine, elle, progresse plus vite que le nombre d'élèves concernés. Dans le premier degré, la part des élèves en situation de handicap accompagnés par un AESH est passée de 49,3 % en 2013 à 67,2 % en 2022. Dans le second degré, de 25,9 % à 46,4 %. Autrement dit, l'accompagnement humain est devenu la réponse par défaut, ce que plusieurs rapports officiels interrogent.

Un dernier point de vocabulaire évite les confusions : un élève notifié n'est pas un élève accompagné. La notification ouvre un droit, l'accompagnement effectif dépend des moyens disponibles dans le département. L'écart entre les deux est traité plus bas.

Aide individuelle, mutualisée, collective : trois régimes différents

L'aide individuelle est notifiée quand l'élève a besoin d'une attention soutenue et continue ; la CDAPH fixe alors une quotité horaire. L'aide mutualisée s'adresse à plusieurs élèves nommément désignés, avec des besoins moins soutenus, et la répartition des heures relève de l'Éducation nationale, pas de la MDPH.

Cette distinction a des effets très concrets. Au 31 mars 2025, la DGESCO relevait un ratio de 2,5 élèves par équivalent temps plein en aide individuelle, contre 6,5 en aide mutualisée, avec des écarts allant de 4 à 13 selon les académies. Et la mutualisation est devenue majoritaire : parmi les élèves accompagnés du premier degré, la part d'aide mutualisée est passée de 22 % en 2013 à 64 % en 2022 ; dans le second degré, de 31 % à 80 %.

Troisième format, l'accompagnement collectif au sein d'un dispositif ULIS, assuré par un AESH collectif rattaché au dispositif et non à un élève. Le ministère comptait 11 416 ULIS en 2025, dont 5 567 dans le premier degré, et le rapport IGÉSR relève un peu plus de 7 200 équivalents temps plein d'AESH collectifs au 31 mars 2025.

Retiens surtout ceci : l'aide mutualisée n'est pas une aide de classe mise à disposition de l'enseignant. Elle reste un droit individuel attribué à chaque élève désigné, même quand son organisation ressemble à un service partagé.

Comment ça s'articule concrètement avec l'enseignant ?

L'AESH intervient sous la responsabilité pédagogique de l'enseignant, qui reste le référent des apprentissages pour toute la classe. Concevoir les situations, adapter les supports, évaluer les acquis : ça reste ton travail. L'AESH apporte l'aide prévue pour l'accès à l'activité, la communication, les déplacements ou les gestes de la vie quotidienne.

La coordination se joue en amont, pas pendant la séance. Trois minutes avant l'activité valent mieux qu'une reprise à voix basse devant l'élève : sur quoi l'aide est attendue, à quel moment elle doit au contraire s'effacer pour laisser l'élève essayer seul, quel signal indique qu'il faut intervenir. Sans cette mise au point, le binôme produit soit du sur-accompagnement, soit de l'attente.

Deux erreurs reviennent souvent chez les débutants. La première consiste à confier à l'AESH la conception des adaptations pédagogiques, ce qui n'est pas sa mission. La seconde consiste à l'installer en permanence à côté de l'élève, alors que l'objectif inscrit dans le projet est justement l'autonomie. Le rapport IGÉSR note d'ailleurs que les AESH mutualisés décrivent un émiettement de leur intervention, parfois une heure ici, une heure ailleurs, avec une perte de sens à la clé.

Le partage d'informations obéit enfin à une règle : ce qui relève du dossier médical ou du secret professionnel n'a pas à circuler en salle des maîtres. L'équipe de suivi de la scolarisation est l'espace prévu pour ça. Ce type d'organisation croise d'autres réalités du terrain, à commencer par la gestion d'une classe à plusieurs niveaux, où l'aide humaine change nettement la façon de découper une séance.

Des PIAL aux pôles d'appui à la scolarité : ce qui change

Un pôle d'appui à la scolarité, ou PAS, est une structure départementale qui apporte une réponse de premier niveau aux besoins éducatifs particuliers, sans attendre une notification de la CDAPH. Il remplace progressivement le pôle inclusif d'accompagnement localisé, le PIAL, créé en 2019 pour gérer l'affectation des AESH.

La circulaire du 1er septembre 2025 en fixe le cadre. Chaque pôle repose sur une équipe permanente : un professionnel de l'éducation coordonnateur, déchargé d'enseignement, et un éducateur spécialisé à temps plein, sous l'autorité du directeur académique. Des équipes mobiles d'appui médico-social interviennent en renfort sur plusieurs pôles, en lien avec les agences régionales de santé.

La différence la plus visible pour un enseignant tient à la porte d'entrée. Avec un PIAL, il fallait une notification pour déclencher quoi que ce soit. Avec un PAS, l'école peut solliciter directement un appui, y compris pour un élève sans dossier MDPH, ce qui raccourcit les délais. Le PAS ne se substitue pas à la MDPH : les familles conservent l'accès direct à la reconnaissance du handicap et aux droits qui en découlent.

Le déploiement a démarré à l'automne 2024 dans quatre départements préfigurateurs, l'Aisne, la Côte-d'Or, l'Eure-et-Loir et le Var. Près de 500 pôles étaient installés à la rentrée 2025 et environ 1 000 supplémentaires sont prévus pour 2026, d'après le rapport sénatorial sur le projet de loi de finances. La généralisation est annoncée à l'horizon 2027.

Pourquoi le système reste sous tension ?

Le point de blocage est arithmétique. Les notifications d'aide humaine progressent d'environ 14 % par an, quand la loi de programmation des finances publiques 2023-2027 organise une décrue des créations de postes : 4 000 emplois en 2023, 3 000 en 2024, 2 000 en 2025, 1 000 prévus en 2026. Le rapport IGÉSR-IGAS de janvier 2026 en tire une conclusion nette : chaque année, 8 à 10 % des élèves notifiés ne bénéficient pas de l'accompagnement prévu.

À la rentrée 2025, le ministre a confirmé devant une commission d'enquête parlementaire que 50 000 élèves restaient sans AESH malgré une notification, un chiffre redescendu à 42 000 à la veille des vacances d'automne. Ce cycle se répète : un pic à la rentrée, une résorption progressive au fil de l'année, une nouvelle dégradation l'année suivante.

Les écarts territoriaux sont importants. La moyenne nationale d'élèves en attente s'établit autour de 9 %, mais elle atteignait 18,9 % dans l'académie de Créteil. Paradoxe supplémentaire, certaines académies ne consomment pas l'intégralité de leur dotation faute de candidats : 1 700 emplois d'AESH sont restés non pourvus fin 2024 et ont été déduits définitivement de la dotation ministérielle.

Côté budget, l'accompagnement du handicap représentait 4,659 milliards d'euros en 2024, dont 3 milliards pour la seule rémunération des AESH. Le projet de loi de finances 2026 porte l'enveloppe de l'école inclusive à 4,74 milliards, en hausse de 25 % par rapport à 2022. L'effort financier existe donc, et il progresse. Le point de friction tient au décalage entre le rythme des notifications et celui des recrutements.

Cette tension pèse aussi sur les conditions de travail des enseignants concernés. Le sujet est développé dans le point sur l'épuisement professionnel des enseignants, avec ce que les enquêtes officielles permettent réellement d'affirmer.

Ce qui se prépare pour les prochaines rentrées

Le rapport IGÉSR-IGAS de janvier 2026 formule vingt et une recommandations. Les principales portent sur la création de 3 000 postes de conseillers dédiés à l'accessibilité, intégrés au mouvement des personnels pour la rentrée 2026, et sur au moins 8 000 équivalents temps plein d'assistants d'accessibilité, dont 7 200 issus des AESH collectifs. S'y ajoutent une revalorisation ciblée passant par une accélération des rythmes d'avancement, et un recentrage des missions des AESH sur l'accompagnement de la vie quotidienne et sociale plutôt que sur le pédagogique.

Un point de méthode : ce sont des recommandations adressées au ministère, pas des mesures en vigueur. Tant qu'un texte réglementaire ne les traduit pas, elles n'ouvrent aucun droit. Les organisations syndicales portent d'ailleurs des revendications propres sur ce dossier, et à lire aussi, le fonctionnement du droit de grève et du paysage syndical éclaire la façon dont ces sujets remontent.

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Questions fréquentes

Combien d'AESH exercent aujourd'hui en France ?
Environ 140 000 personnes, soit près de 88 000 équivalents temps plein. Le rapport du Sénat sur le projet de loi de finances 2026 retient 139 993 AESH en 2025, contre 115 000 en 2020.
Combien d'élèves sont accompagnés par un AESH ?
248 500 élèves en 2022, dernière année consolidée par la DEPP, dont 149 500 dans le premier degré. Dans le premier degré, 67,2 % des élèves en situation de handicap étaient accompagnés, contre 49,3 % en 2013.
Quelle est la différence entre aide individuelle et aide mutualisée ?
L'aide individuelle répond à un besoin d'attention soutenue et continue, avec une quotité horaire fixée par la CDAPH. L'aide mutualisée concerne plusieurs élèves désignés, avec une répartition des heures décidée par l'Éducation nationale.
Tous les élèves notifiés obtiennent-ils un accompagnement effectif ?
Non. Le rapport IGÉSR-IGAS de janvier 2026 estime que 8 à 10 % des élèves notifiés n'ont pas l'accompagnement prévu. À la rentrée 2025, 50 000 élèves étaient concernés, 42 000 avant les vacances d'automne.
Qu'est-ce qu'un pôle d'appui à la scolarité ?
Une structure départementale qui apporte une réponse de premier niveau aux besoins éducatifs particuliers, sans notification préalable. Elle remplace progressivement les PIAL, avec près de 500 pôles à la rentrée 2025 et une généralisation visée en 2027.
Quel est le rôle de l'enseignant vis-à-vis de l'AESH dans sa classe ?
L'enseignant reste le référent pédagogique : il conçoit les situations, adapte les supports et évalue. L'AESH intervient sous sa responsabilité, sur les gestes d'aide prévus par la notification, dans une coordination préparée avant la séance.

Le concours d'abord, l'école inclusive ensuite

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